« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

Affichage des articles dont le libellé est Estellon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Estellon. Afficher tous les articles

samedi 19 janvier 2013

6/ Qualité de la communication dans la genèse de l'état limite par Vincent Estellon

Page 100
Si l'enfant a besoin de soins pour grandir et se construire, il est également pris dans un bain de paroles. La qualité de la communication qui le lie à son environnement tient une grande place dans sa structuration psychopathologique. En 1972, Gregory Bateson développe des travaux sur la communication à double contrainte.
Pour lui, la double contrainte, pour se constituer, a besoin des éléments suivants :
– au moins deux personnes (l'émetteur de la double contrainte et le récepteur) ; 
– la répétition de l'expérience ;
– une injonction négative primaire pouvant prendre deux formes : « ne fais pas ceci ou je te punirai » ; « si tu ne fais pas ceci je te punirai » ;
– une injonction secondaire qui contredit la première à un niveau plus abstrait tout en étant, comme elle, renforcée par la punition ou par certains signaux menaçant la survie. Elle peut être transmise à l'enfant par des moyens non verbaux (attitudes, gestes, ton de la voix, etc.) ; 
_____________________

vendredi 18 janvier 2013

5/ Le clivage vertical par Vincent Estellon

Page 56
2. Le clivage vertical. – Cette notion ressemble à ce que Freud nomme le « clivage du Moi » : une partie de la psyché est tenue écartée d'une autre de manière à ce qu'aucune connexion ne soit possible entre les deux. Les effets dérivés de ce clivage sont proches de ce que Ferenczi note à propos du nourrisson savant (ou chez Winnicott avec le faux-self) : ceux d'une fragmentation du Moi.
Pierre Fédida1 donne un bon exemple de clivage vertical : il s'agit d'une secrétaire de direction qui entretient une relation affective et sexuelle avec le patron de son entreprise. Pour l'instant, rien de très surprenant. Mais voila le hic : en même temps qu'elle est la maîtresse de son patron, elle est la meilleure amie de la femme du patron. Lorsqu'elle revient d'un déplacement professionnel (qui lui a permis d'entretenir des relations sexuelles intenses avec son patron) la première chose qu'elle fait est de se rendre chez son amie (la femme du patron). Elle l'écoute se plaindre de son mari, est triste avec elle, est même capable de pleurer avec elle lorsque cette dernière soupçonne son mari de la tromper. Deux personnalités se mettent selon les circonstances à l'abri l'une de l'autre de sorte que la personne se vit comme « coupée en deux ».
Pierre Fédida montre dans ce très bel article comment l'humour en séance a progressivement permis à la patiente de faire communiquer des scènes qui étaient tenues absolument séparées par le clivage. On peut constater aussi combien lorsque le clivage menace de céder, que l'une des parties de sa personnalité commence à dialoguer avec l'autre partie, la patiente est dévastée par l'angoisse. Pour spécifier cette déchirure de la subjectivité, René Roussillon2 a proposé le terme de clivage au Moi plutôt que clivage du Moi. Le « clivage au Moi » insisterait sur la déchirure subjective entre une partie représentée et éprouvée et une partie non représentable, non élaborée, ni constituée dans la psyché.
_______________________________
1. P. Fédida, « Le psychanalyste, un état limite? » in Transfert et états limites (sous la dir. de J. André), Paris, PUF, « Petite bibliothéque de psychanalyse », 2002.
2. R. Roussillon, Agonie. clivage et symbolisation, Paris, PUF, 1999.
_____________________

dimanche 13 janvier 2013

Sujet de partiel – M2 Art-Thérapie – UE12 – Psychopathologie appliquée aux Arts-Thérapies








ANNEE UNIVERSITAIRE 2012-2013
1er SEMESTRE lère SESSION

ANNEE D'ETUDE : 201212013


MENTION ou SPECIALITE : M2 ARTS THERAPIES

UEI ECUE : 12

Enseignement : Psychopathologie et études de cas


Enseignant responsable : Vincent Estellon

DOCUMENTS ET CALCULATRICE INTERDITS

2) En quoi la création artistique peut-elle être rapprochée de la notion de « symptôme » ? 



Université Paris Descartes UFR STAPS - 1, rue Lacretelle - F 75015 Paris - Tél. 33 (0)156561200 - Fax. 33 (0)156561212   

Sujet de partiel – M2 Art-Thérapie – UE12 – Etudes de cas







ANNEE UNIVERSITAIRE 2012-2013
1er SEMESTRE lère SESSION

ANNEE D'ETUDE : 201212013


MENTION ou SPECIALITE : M2 ARTS THERAPIES

UEI ECUE : 12

Enseignement : Psychopathologie et études de cas

Durée : 3h

Enseignant responsable : Vincent Estellon

DOCUMENTS ET CALCULATRICE INTERDITS

En quoi l'utilisation de l'art dans un dispositif thérapeutique, est-elle susceptible d'ouvrir des dimensions non permises par un dispositif thérapeutique classique ?
Vous illustrerez votre réflexion par une situation clinique observée dans votre stage ou dans votre pratique (précisez la pathologie et les objectifs thérapeutiques ainsi que les dispositifs comparés).



Université Paris Descartes UFR STAPS - 1, rue Lacretelle - F 75015 Paris - Tél. 33 (0)156561200 - Fax. 33 (0)156561212 

vendredi 11 janvier 2013

Ma réponse aux dames qui se sentiront concernées

Page 119
Les états limites – tels des adolescents avec leur parent – ont souvent tendance à malmener, ridiculiser, mettre au supplice le thérapeute. Chez ce dernier, des sentiments d'impuissance, d'incapacité, d'échec professionnel, d'immense inquiétude, de découragement peuvent alterner avec des affects d'agacement, de colère, voire d'hostilité pour ce patient impossible, cynique, ironique, provocateur et omnipotent. Étrangeté de ces patients se présentant comme si peu confiants, si insécure, clamant à chaque séance leur sentiment d'infériorité… mettant à d'autres moments en scène l'omnipotence, la tyrannie, les colères excessives. Avec ce type de sujet, le soignant est en droit de se demander avant chaque séance s'il a succombé à ses conduites à risques, s'il ne s'est pas suicidé. Il peut même en arriver à espérer qu'il ne vienne plus, qu'il disparaisse de sa vie. Dans ce type d'épreuve vécue par le thérapeute, il lui importe d'analyser attentivement ses affects contre-transférentiels qui lui donneront des indications sur le monde interne du patient. Si la personnalité du sujet borderline est organisée autour de la terreur de la séparation, du danger de la perte, l'état limite sera continuellement confronté à une menace double : celle de perdre son identité personnelle précaire (souvent fusionnée avec quelqu'un d'autre) et celle de perdre une relation interpersonnelle fragile (en se réfugiant dans un repli autistique psychotique).
_____________________
4/ L'identification à l'agresseur dans les états limites
_____________________
Autres billets sur la question des Etats limites
« Borderline » ou « pervers narcissique » ?

vendredi 4 janvier 2013

Le langage de l'obsessionnel par Vincent Estellon

Page 234

René Tostain, dans une étude consacrée au langage de l'obsessionnel (prenant pour référence essentielle l'analyse du cas de Freud) met en évidence deux particularités extrêmes de la langue et de la grammaire d'Ernst :
– d'une part, l'utilisation systématique et surabondante des conjonctions de coordination et de subordination. Nous ajoutons ceci à la pensée de Tostain : ces conjonctions donnent au discours du liant dans une langue où tout est démontré, découpé, architecturé, net. Ces conjonction liantes comblent l'espace du vide entre deux propositions : ce vide insupportable qu'il faut vite colmater avec coordination et logique.
– d'autre part, l'imposition de l'impératif catégorique ("il faut que…, sinon…"), souvent articulé à une pensée magique.
Selon cet auteur, ces conjonctions et l'impératif catégorique seraient les moyens de mettre en scène la conjonction même de deux discours dont l'obsessionnel est le produit problématique.

mercredi 19 décembre 2012

1/ Livre – Les états limites par Vincent Estellon

Auteur : Vincent Estellon
Editeur : PUF
Collection : Que-sais-je ?
Date de parution : 9/11/2011
EAN13 : 9782130591542
Genre : Poche universitaire – pluridisciplinaire
Langue : français
Format : 17 x 11
Poids : 100g
Nombre de pages : 128

Bien adaptés socialement, professionnellement, voire familialement, certains sujets peuvent bénéficier d'un ancrage à la réalité apparemment solide. Mais très vite, ils révèlent de grandes fragilités : une estime de soi alternant entre sentiment de toute-puissance et vide sidéral, un monde psychique attaqué par de folles angoisses existentielles, un rapport aux autres marqué par une grande souffrance. Ne rentrant résolument pas dans les modèles qui leur sont proposés, ils questionnent sans cesse le rapport entre norme et folie, vérité et mensonge, amour et haine, vie et mort.
Les états limites ont longtemps été regroupés dans un ensemble aux contours peu nets, situé entre la névrose et la psychose. En fait, c'est bien la question de la frontière, de la limite, qui est centrale chez ces patients : la notion de choix est ardue pour les personnalités borderline. Cet ouvrage dresse un panorama des connaissances théoriques et cliniques autour de la pathologie des limites du Moi. 

4/ L'identification à l'agresseur dans les états limites

Page 68
C'est dans l'article « Confusion de langue entre les adultes et l'enfant »1 que Ferenczi invente cette notion reprise plus tard et différemment par Anna Freud.
Dans des situations extrêmes provoquant détresse et peurs limites (agression grave comme le viol, l'abus sexuel, la maltraitance, les punitions passionnelles où l'enfant ayant commis une bêtise est puni de façon démesurée), l'enfant va pouvoir s'identifier à son agresseur.
S'oubliant complètement pour se mettre au service de l'agresseur, devinant ses moindres désirs, il déjoue d'une certaine manière les attaques et les chocs qui pourraient arriver de manière imprévisible : « La peur devant les adultes déchaînés, fous en quelque sorte, transforme pour ainsi dire l'enfant en psychiatre ; pour se protéger du danger que représentent les adultes sans contrôle, il doit d'abord s'identifier à eux. »
Cette soumission entière assure à l'enfant une certaine maîtrise sur celui qui est susceptible de le surprendre et de l'atteindre. L'identification à l'agresseur donne la possibilité à l'enfant de maintenir une image suffisamment positive du parent – agresseur – dont il dépend pour vivre et subsister. Elle a pour effet de faire disparaître la violence de ce dernier en tant que réalité extérieure : la violence de l'agresseur est intériorisée de sorte que la tendresse originelle peut continuer de se développer à la faveur de l'agresseur. Il est à relever  qu'à partir du moment où l'agresseur est devenu intrapsychique, il perd son statut d'objet pour devenir une partie du Moi. On constate à ce moment précis une des origines de la confusion entre sujet et objet, Moi et non-Moi, entre le dedans et le dehors. Cette configuration particulière ne permet pas à l'autre d'être reconnu dans son altérité. La violence subie est intériorisée de façon confuse, car, la plupart du temps, elle est déniée par l'agresseur lui-même. Dans ce cas, l'enfant ne sait plus mettre des mots sur l'expérience qui lui arrive puisque les mots utilisés par l'agresseur visent à disqualifier son ressenti subjectif.
_______________________________
1S. Ferenczi (1932), « Confusion de langue entre les adultes et 
l'enfant », Psychanalyse IV, Œuvres complètes, 1. IV, Paris, Payot, 1982,
p. 125-135. 

dimanche 16 décembre 2012

3/ L'angoisse chez les Etats limites selon Otto Kernberg

Page 49
L'angoisse. – Flottante, diffuse, d'intensité variable, l'angoisse est toujours présente en toile de fond du tableau clinique. Lorsqu'elle atteint son sommet – la crise -, l'angoisse est susceptible de produire des effets de sidération pour la pensée: paralysée, incapable de se représenter, la pensée est comme arrêtée. Au plan somatique, elle s'accompagne souvent d'un florilège de symptômes divers tels la tachycardie, la sudation, la sensation de gène respiratoire, le malaise. Contrairement à la peur (dont le sujet peut se faire une représentation), l'angoisse ne peut se rattacher à un objet précis ou à une situation: elle envahit l'être sans qu'il ait le temps de comprendre ce qui lui arrive, ni pourquoi cela arrive. Si l'angoisse de castration (liée à la culpabilité œdipienne) est dominante chez les névrosés, les états limites peuvent présenter des angoisses de nature mixte : angoisses identitaires, angoisses liées à la perte et à l'éloignement de l' objet, angoisses plus primitives d'effondrement, de terreurs sans nom. Pour Widlôcher, c'est une angoisse d'annihilation, de perte du sens de la vie. Les travaux de Winnicottl sur la crainte de l'effondrement (fear of breakdown) sont en rapport avec ce type d'affect.
En anglais, breakdown évoque la panne de voiture. Quelque chose s'est cassé ou détraqué dans le moteur ; ou bien alors il manque de carburant. On peut l'utiliser également dans le domaine de la santé pour évoquer l'altération, le déclin et le risque de l'arrêt complet.
En termes psychopathologiques, cela va donner le risque de « craquer », la crainte de « s'effondrer ».
Selon Winnicott, cette crainte serait liée à une expérience antérieure d'effondrement qui a pu être ressentie lorsque l'environnement n'a pas pu répondre de façon consistante à un état de détresse. Si ce type d'angoisse peut s'apparenter à la psychose, il s'agit de préciser que l'angoisse borderline est toutefois différente de l'angoisse psychotique dans la mesure où les frontières entre le Moi et l'objet, même si elles sont poreuses, sont existantes. Par rapport à l'objet, on note la prévalence d'une angoisse anaclitique étroitement liée à la distance de l'objet: tandis que l'éloignement réactive l'angoisse d'abandon ; le rapprochement exacerbe l' angoisse d'intrusion. L'incapacité à mentaliser ou à élaborer psychiquement à partir de ce trop-plein d'énergie pulsionnelle conduit souvent le sujet vers une clinique
de l'agir. 
_______________________________
1. D. W. Winnicott, « La crainte de l'effondrement » in Nouvelle revue de psychanalyse, n° II, Figures du vide, Paris, Gallimard, 1975. 

samedi 15 décembre 2012

2/ Les états limites : The Borderline Patient

Page 38
Toujours aux États-Unis, Arlene Wolberg2, en 1952, donne dans un article intitulé « The Borderline Patient », une fine description clinique de ces sujets présentant des défenses névrotiques mal assurées ainsi que des défenses plus primitives associées classiquement à la psychose. Le groupe des états limites est isolé de celui des psychoses pour être pensé comme une affection psychopathologique à part entière. Elle insiste sur : 
– la tendance à instaurer entre soi et l'autre une relation d'interdépendance sadomasochiste (vouloir contrôler, dominer l'autre, tout en sac~ant se placer dans une position d'extrême soumission à l'autre). Cette tendance est soutenue par les angoisses dites anaclitiques3
– la recherche compulsive de gratifications, de considérations et de récompenses, venant de l'autre (venant contrebalancer le défaut fondamental d'estime de soi) ;
– la présence de fantasmes à coloration mégalomane; 
– l'hypersensibilité (aux remarques ou critiques émanant des autres), l'intolérance aux frustrations; 
– des mécanismes d'échec face au succès (tendance à l'autopunition, à refuser le bonheur) ; 
– l'importance du clivage des pensées, des représentations et des affects; 
– la prévalence de sentiments de manque, de solitude, de vide liés aux angoisses d'abandon. 
Pour elle, ces sujets ne peuvent être rapprochés de la psychose car, malgré d'importantes difficultés, ils restent ancrés dans l'épreuve de la réalité. Et les rabattre du côté des névroses consisterait à ignorer l'importance des angoisses et mécanismes de défense d'ordre psychotique. 
_______________________________
2. A. Robbins Wolberg, The Borderline Patient, NY Intercontinental Med Book, 1973. 
3. Anaclitique: terme utilisé par René Spitz pour désigner un syndrome dépressif chez des enfants ayant connu des carences de soins précoces (hospitalisme). On parle de lien anaclitique pour désigner une relation d'extrême dépendance à l'autre, tandis que cette dépendance n'est pas admise par la conscience. Etymologiquement, cet adjectif évoque ce qui est « appuyé contre ». 
_____________________
Autres billets sur Les états limites
1/ Livre – Les états limites par Vincent Estellon
3/ L'angoisse chez les Etats limites selon Otto Kernberg
4/ L'identification à l'agresseur dans les états limites