« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

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dimanche 10 février 2013

BD – Groupe de parole sans thème

Ce matin en me réveillent les premières paroles dans ma tête étaient « ne flippe pas ‘calmmosse’ c'est samedi et tout va aller. »
J'avais pas mal de choses à faire dans la matinée mais tous réveillés trop tard. Alors comme d'habitude le calme qui dans ma tête a tourné en énervement mais pas d'angoisse un bon point, nous avons couru à la Fnac, acheté les deux bouquins que le docteur L. m'avait conseillés, j'y tenais énormément, mais à la sortie du magasin ma grande fille et moi nous nous sommes arrêtées à la parfumerie Douglas. J'adore ce magasin, un moment de complicité avec ma grande fille qui avait pour une fois lâché ses bouquins, ses cours, j'étais trop contente, mais malgré tout dans ma tête ça tournait et l'inquigrrrrr é e é e é ele é e é e grrrrr je reprends : l'inquiétude augmentait. Je me posais la question : quel était le thème d’aujourd'hui ? moi qui le sais à chaque fois et bien là surprise.
Le groupe commence à 14h30 je suis arrivée vers 14h20 et pas dissociée pour une fois juste un peu angoissée, j'ai foncé comme une folle jusqu'à la porte de l'entrée de la salle, où là, avec stupeur je me suis rendu compte que les têtes que je finissais par bien connaître se portaient absentes pour cette fois-ci. Je n'avais plus mes points de repères, juste l'animatrice qui était là. Je n'étais plus rassurée et je me suis posée la question « tu pars maintenant ou tu restes » le choix s'est fait très vite : le groupe allait commencer pas le choix je devais rester. J'ai foncé sur la première chaise que je voyais de libre.
Sur le tableau je découvre le thème et là catastrophe et rien ne me rassurait. Plus je lisais les questions et plus je me sentais petite envers les autres membres du groupe. Je me suis calée dans sur la chaise et j'attendais, tout le monde avait des choses à dire. Pour l'instant pas de silence, j'arrivais toujours à suivre et pas d'absence en moi je jubilais de joie, j'étais présente et consciente de la situation jusqu'à présent pour moi c'était un grand pas. Je voyais l'anigrrrrr é e é e é et eu e é e é e é ele é e é e é e grrrrr je reprends : l'animatrice du groupe qui me regardait et qui me faisait des sourires de temps en temps. Une façon à elle de me dire je suis là ne t'inquiète pas mais en moi commençait à surgir cette foutue angoisse qui me faisait comprendre « tais-toi tu vas encore dire n'importe quoi ».
Cette foutue angoisse qui me met une barrière inévitablement, je flippais à mort mais toujours pas d'absence, mais les paroles des autres me touchaient énormément. En moi je me retrouvais dedans moi tout craché dans les situations.  Je vivais et je ressentais ce que les autres expliquaient, je buvais leurs paroles, mais moi impossible de sortir un mot de ma bouche je me disais pourquoi parler ? Ils disent et expriment exactement tous ce que je ressentais en moi, alors pourquoi parler, pour moi c'était sûr ils arrivaient tous à rentrer dans mon corps et dans ma tête et à expgrrrrrrr éme mom papa aaaa grrrrrr je reprends : exprimer à ma place toutes ces sensations que je ressentais qui étaient si fortes et qui me touchaient beaucoup, que je n'arrivais pas à sortir de ma bouche.
Ils faisaient ce travail à ma place mais je me sentais bizarre, je me disais en moi il se passe quelque chose de pas normal un genre de manque et je n'arrivais pas à savoir quoi mais pourtant je me suis demandée si c'était pas le son de ma voix qui manquait et qui devait normalement se mélgrrrrrr é e é e é ele é e é e é egrrrr je reprends : mélanger avec les autres personnes et là, subitement le BLANC...
quand je suis revenue à moi je sentais les larmes monter le long de ma gorge je me suis mise à regarder droit devant moi et après sur les cotés et là subitement la pause je n'avais pas compris.
L'animatrice est venue me voir m’a pris par l'épaule et m’a demandé si elle pouvait me faire un bisou. Bien sur je n'ai pas dit non, je pense qu’elle avait vu que j'ai eu une absence et que j'étais paumée et que cela faisait plus d’une heure pendant laquelle je n'ai pas parlé du tout. Une personne du groupe a seulement dit Béatrice aujourd'hui va pas très bien, mais rien de méchant dedans et rien d’agressif envers moi. Le groupe a repris et quand je me suis rassise sur ma chaise et bien là encore un blanc et une grosse fatigue et mon mal de tête apparaissait de plus en plus fort.
J'ai essayé de reprendre le fil des conversations, mais je n'entendais que des mots du genre c'est difficile, travail, agressive, croyance, je suis nulle, mais de quoi on parlait ? je n'arrivais plus à suivre du tout, je regardais autour de moi je me sentais perdu, à part, expulsée du temps présent, j'étais sur ma chaise tétanisée et remplie de colère. J'avais encore foiré, et je ne me donnais pas non plus de me donner le droit de parler, de crier au secours aidez-moi je ne sais pas ou je suis, je me suis recroquevillée sur moi-même pour me mettre en sécurité j'avais peur que l'on me fasse du mal, j'entendais ces voix sortir encore et encore dans tous les sens de la pièce. L'ambiance n’était plus la même, je me croyais dans une cour de récréation tellement que cela résonnait dans ma tête, j'étais très mal, je ne regardais plus personne et je n'arrivais plus non plus à mettre les noms des persongrrrrr é e é e é ele é e é e t e u e é e é e é e é e grrrrrr je reprends : personnes qui étaient autour de cette table qui pour moi était d'une grandeur infinie sans fin et dès que je voulais bouger je sentais mon corps qui était trop lourd je ne sentais plus le bout de mes membres j'avais l'impression qu’ils n'existaient plus. Alors je n'osais plus bouger j'avais trop peur pour moi cette sensation était réelle et elle me faisait mal j'ai attendu la fin du groupe comme cela, prostrée sur ma chaise. Mais quand je me suis levée je me suis aperçue que j'avais fait un peu pipi dans ma culotte. J’ai fait comme si de rien je ne voulais qu’une chose : rentrer dans mon cocon familial chez moi.
Pour finir je voudrais quand même dire que je trouve que cela c'est mieux passer que la dernière fois, par contre dès que l'angoisse surgit là c'est terminé et c'est dommage que cela me mette dans un état pareil à chaque fois. Mais je vais bien finir par y arriver à être présente pendant tout le long du groupe car à cela aussi je vais m’accrocher pour le faire.
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BD – « Sous gagnance et dénigrement » – Quelle opinion avez-vous de vous même ? Et des autres ?
BD – « Sous gagnance et dénigrement » – Quelle opinion avez-vous de vous même ? Et des autres ? 2

mercredi 1 avril 2009

Inceste : la contagion épidémique du silence par Dorothée Dussy

Anthropologie et Sociétés, vol. 33, n° 1, 2009, p. 123-139.
Dans les sociétés occidentales, les situations avérées d’inceste se caractérisent exclusivement par des faits de viols ou d’agressions à caractère sexuel sur un ou plusieurs enfants de la famille.
Parfois, les agressions se poursuivent même une fois l’enfant devenu adulte, si ni lui, ni son agresseur, ni les circonstances n’y mettent fin. Dans de très rares cas, il arrive que de ces agressions initiales commence ce qui est ensuite vécu comme une liaison amoureuse. En revanche, il n’arrive jamais – les exceptions sont théoriquement toujours possibles quoique, une fois l’enquête menée, je n’en aie trouvé aucune occurrence – qu’un père et une fille, ou bien un frère et une soeur, ou encore une grand-mère et son petit-fils se marient, ou entament une liaison à un âge où les deux partenaires sont capables d’un consentement éclairé.
En tant qu’ethnologue qui décrit le monde social en m’appuyant sur le champ d’expériences des acteurs, je désignerai donc par le terme « inceste » les agressions sexuelles intrafamiliales commises sur des personnes mineures. La littérature qui traite de l’inceste dans sa dimension empirique, celle à laquelle je m’intéresse, a depuis longtemps montré la place centrale du silence entourant ces situations d’agressions répétées.
Émanant des disciplines de la santé mentale ou des mouvements féministes, et visant à améliorer la prise en charge des victimes et à prévenir de nouvelles situations d’inceste, la littérature a principalement discuté de la nécessité, individuelle et collective, thérapeutique et judiciaire, de sortir du silence.
Je souhaiterais ici décentrer l’objectif, et simplement explorer la dynamique qui habite le silence autour de l’inceste et qui le porte, dans la vie quotidienne des acteurs de notre monde social.
J’aborderai cette exploration selon trois registres d’observation.
• D’abord auprès d’enfants violés devenus adultes, pour lesquels, jusqu’à ce qu’ils aient révélé l’inceste, la question du « dire » constitue une thématique à la fois centrale et douloureuse.
• Ensuite, point de vue des anthropologues, dans la mesure où en tant que spécialistes de la formulation des règles sociales et théoriciens de l’interdit de l’inceste, ils sont des acteurs sociaux particuliers dont il est intéressant d’interroger le discours sur l’inceste. 
• Enfin, à l’échelle collective, celle de la société, à l’heure où l’inceste marque régulièrement l’actualité. 
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