« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

mardi 5 mars 2013

Poly Amour – La honte

Comment pouvais je croire que j'allais oublier ?
Comment pouvais je croire que je deviendrais une autre ?
Comment pouvais je croire que ces 11 années d'inceste n'affecteraient pas toute ma vie ?
Je ne voulais pas être de celles qui se plaignent.
J'avais honte !
Je ne voulais pas être de celles qui sont faibles.
J'avais honte !
Je ne voulais pas être une victime.
J'avais honte !
Je ne voulais pas que ça existe !
J'avais honte! 
Honte de le dire ! Honte de ne pas le dire ! Honte d'avoir honte ! Honte de les voir, de les entendre, de les sentir, dans les yeux, dans le corps, dans la voix, dans le souffle de chaque homme qui m'a touchée! Honte d'être à la ramasse, honte d'être hantée, honte de les haïr, honte de les aimer, honte d'être une femme, honte d'être de ces femmes, honte d'être cette femme ! 
Je voulais être comme un voyageur qui traverse le temps sans mauvaise empreinte, voler au dessus du nid de coucou, transformer les expériences en joie ou en art, décider de mon sort ! Je voulais croire que l'on pouvait faire sans. Je voulais croire qu'il s'agissait de volonté et qu'un jour, à force de le vouloir, à force de résistances, j'y arriverai ! Je voulais croire que moi, mon petit moi, n'était pas comme les autres. 
Et mon petit moi s'écrase lamentablement contre le mur. 
Mon petit moi et moi n'avons rien fait de notre vie. Et moi, j'ai tellement envi d'en faire un petit quelque chose. 
Etre moi. 
Sans honte. 

Je ne voulais pas qu'ils aient honte. Je sais trop ce que c'est. Alors j'ai pris la honte qu'ils n'avaient pas, en plus de la mienne, et je l'ai portée toute ma vie comme une humiliation. L'humiliation qu'ils n'aient pas honte, alors que moi j'avais honte. Puis j'ai eu honte d' avoir honte. Alors j'ai fermé les yeux. J'ai bouché mes oreilles. Et je me suis enterrée avec tout ce ramassis de honte.

C'est à cela que sert la parole reconnue.  A faire changer la honte de camps. 

Merci. 

5 commentaires:

  1. Que j'aime ce que vous avez écrit: porter la honte que eux n'ont pas portée.

    Superbe et merci.

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  2. Poly Amour Bonsoir,
    Très bien tourné j'aime beaucoup, la honte un grand mot qui fait mal et qui fait souffrir, la honte pèse lourd à notre corps... et elle fait beaucoup de ravage aussi.
    Merci à vous, et bonne soirée à bientôt.

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  3. la honte n'a rien à voir avec nous Poly amour et vous avez tellement raison!
    j'aime votre texte, il est sublime
    ce ramassis de honte sont les horreurs qu'ils vous ont fait subir comme habits du dimanches......la honte est une défroque qui ne nous appartient, ne vous appartient pas

    avec toutes mes amitiés

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  4. Bonjour Buzz Khateryne,
    Avec plaisir et je serais heureuse de vous relire, à beintôt et bon courage à vous.

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