« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

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mercredi 27 février 2013

Grr Grr – Ateliers créatif 3 « peinture et encre »

Bon alors aujourd'hui je suis retournée à l'activité de création. J'aime bien cet atelier, quand j'y suis retournée cette après-midi je suis allée sans la crainte, plus détendue, je voulais faire un thème sur la colère, mais il fallait que je fasse ressortir grr il m'embête pas mal en ce moment. Mais voilà moi je ne sais pas ce qui le pousse à apparaître, mais comme hier il est intervenu trois fois en deux heures je trouvais que cela faisait beaucoup. J'ai essayé de faire l'activité sans me sougrrrrrr é e é e é e é ele é e é e grrrr je reprends : soucier de grr, donc je me suis dit que je ferais un dessin sur la colère, car en ce moment je suis en colère que toutes ces personnalités viennent m'embêter, et que je ne puisse pas les gérer. J'ai cherché dans les bouquins des photos qui pouvait représenter la colère ensuite je les ai découpées, et collée sur la feuille. J'ai fait un collage d'une dame si vous pouvez le voir ses jambes sont des tiges de rosier ou j'ai laissé les épines, après je me suis rappelée du soufflage avec la paille je voulais le refaire j'avais beaucoup aimé à le faire la première fois. Donc je l'ai refait avec de la peinture rouge, mais entre temps j'avais déjà eu une absence, mais là encore une autre est apparue le bgrrrrrr é e é e é e grrrrr é e t e u e é e é e grrrrrr é e o e é e é e grrrrr je reprends : blanc. Quand je suis revenue à moi sur mon dessin il y avait de grosses taches bordeaux (grr était intervenu) celle que vous voyez un peu partout (grr est aussi intervenu dans le rouge, quand j'ai fait la paille), je n'ai pas touché aux tâches violettes. La réalité était longue à revenir en moi… c'est au bout d'un moment que j'ai pu regarder mon dessin, mais j'étais complètement paumée. Je ne voulais pas le montrer à l'animatrice (ce moment d'égarement ainsi que mon dessin), je me suis donc mise à chercher des formes sur ces grosses taches, et j'en ai trouvées.
Si vous regardez bien je les ai entourées avec différentes couleurs : (à droite) vous verrez une rose entourée de violet, en vert (en haut) une souris, en bleu (à gauche) une grappe de raisin avec sa tige avec à côté en orange une feuille, enfin en vert (en bas) la tête d'un éléphant avec sa trompe et en noir la tête d'un lapin. C'est fou comme l'on peut découvrir des choses. Les grosses tâches oranges quand à elles correspondent à des sorgrrrrr é e é e é e ele é e é e grrrrrr je reprends : sorte de plantes. Ce tableau a été fait avec de la peinture sauf pour la couleur rose qui elle correspond à de l'encre. 

mercredi 1 octobre 2003

Dossier Le virtuel 2 et 3 mars 2001 – publication octobre 2003

Le virtuel, les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et la santé mentale

des 2 et 3 mars 2001 – publication octobre 2003 
Sylvain Missonnier 
Des consultations et des psychothérapies sur Internet ? 
Sur fond de "télémédecine" en plein essor, les internautes croisent désormais de nombreux sites proposant des « consultations » en ligne. Ils sont pléthores aux États-Unis et au Canada et commencent à fleurir en France à l'initiative de professionnels d'horizons divers, isolés ou en groupe. Médiateur d'un « rapport touristique au monde », le réseau Internet serait devenu, dit-on, un espace de « rencontres ». Notre position d'acteur de la santé mentale est naturellement propice à l'examen critique de cette assertion. Plus encore, elle nous impose une question brûlante : Internet est-il compatible avec un échange que l'on peut sereinement intituler « consultation » et, qui plus est, qualifier de "psychothérapique" ? Psychiatres, psychologues et psychanalystes ne peuvent pas rester plus longtemps étrangers à ce débat à triple feuillet : éthique, déontologique et clinique. C'est cette discussion que je souhaite favoriser avec cette esquisse.
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2/ Définition du virtuel par Sylvain Missonnier

page 12
… une piste étymologique (vir : l'homme ; virtus : la puissance). En effet, le 
virtuel, c'est la potentialité du « en puissance » auquel ne s'oppose 
nullement le réel mais bien la mise en acte, l'actualisation. La 
graine qui contient virtuellement l'arbre est tout aussi réelle que 
ses éventuels avatars successifs ultérieurs. Plus encore, le bloc 
de marbre dans lequel le sculpteur anticipe sa création recèle 
virtuellement le buste qu'il projette. Ce dernier exemple est 
emblématique car il met en scène le désir de création et son 
guide, la représentation (-but2) qui substitue la présence à 
l'absence. On y voit bien comment la technique donne la main 
et l'outil à la désirance dans une simultanéité3 et une réciprocité 
à l'opposé d'un clivage psyché/technique si souvent source de 
méprises. On y perçoit aussi avec clarté, combien la mise en 
œuvre de l'acte est le fruit d'une "anticipation créatrice"4 dont 
la nature et le contenu sont le reflet authentique de la mémoire 
cognitive, affective, fantasmatique d'un individu indissociable de 
sa filiation et de son affiliation culturelle. Cette anticipation d'un 
prototype imaginaire s'enracine dans le substrat mnésique vir
tuels5. C'est une véritable simulation psychomotrice qui jette un 
pont entre les possibles du virtuel matriciel et les singularités de 
l'actualisation agissante.
Dans ce contexte sémantique, les sophismes pour souligner 
la soi-disante paradoxalité de l'intitulé récent de "réalité virtuelle" se font plus rares. Je la définis comme une construction 
mentale de l'observateur immergé physiquement dans des simulations sensorielles interactives (des artefacts technologiques) qui 
leurrent sa perception. La réalité virtuelle est donc un bon vieux 
simulacre, non pas de la réalité mais de la perception du corps 
mobilisé certes avec ses cinq sens (l'odorat résiste encore un 
peu ?) mais aussi ses "représentations d'actions6".
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2 Freud S. (1900), L'interprétation des rêves, Paris, PUF, 1967.
3 "L'instance symbolisante est toujours déjà techonologique" dit bien J.-L. Weissberg dans sa contribution.
4 Missonnier S. (2001), Anticipation et périnatalité : prolégomènes théoriques in Pratiques Psychologiques, n°1, 17-30 et Cupa D., Deschamps-Riazuelo H., Michel F. (2001), Anticipation et création : l'anticipation parentale prénatale comme œuvre in Pratiques Psychologiques, 1. 31-42.
5 Bergson H. (1896), Matière et mémoire, Paris, PUF.
6 Freud S. (1900), L'interprétation des rêves, paris, PUF, 1967.
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Autres billets sur le livre Le virtuel, la présence de l'absent

Pour une psycho(patho)logie du virtuel quotidien par Sylvain Missonnier

Octobre 2003
« L’élément non humain de l’environnement de l’homme forme l’un des constituants les plus fondamentaux de la vie psychique. Je suis convaincu que l’individu sent, consciemment ou inconsciemment, une parenté avec le non humain qui l’entoure, que cette parenté revêt une importance transcendante pour l’existence et que, comme bien d’autres données essentielles, elle est une source de sentiments ambivalents chez l’individu, qui, s’il s’efforce de fermer les yeux sur la force de ce lien, risque de compromettre sa santé psychique. » H. Searles[1]

« Pourquoi donc m’est-il arrivé un jour de laisser tomber à terre et se briser le couvercle en marbre de mon modeste encrier ? » S. Freud[2]
Dans Psychopathologie de la vie quotidienne [3], Freud a étudié avec les outils théoriques de la psychanalyse naissante divers actes manqués de la vie de tous les jours. Considérés avant lui comme des plus banals, ils étaient rangés dans le registre du « commun et sans grande importance pratique ». A contrario, l’analyste va démontrer la fécondité de l’éclairage psychanalytique pour démasquer cette apparence et apporter « une explication qui dépasse de beaucoup par sa portée l’importance généralement attachée au phénomène en questions ». 
Pour atteindre ce but, Freud passe en revue ses propres oublis des noms propres, ses erreurs de mémoire, ses lapsus et ceux de ses contemporains dont il a connaissance. Mais ils ne se limitent nullement à la description de ces actes manqués en parole et en pensée. S’ajoutent ceux de l’action qui mettent en scène les « maladresses » de l’individu en étroite relation avec des objets usuels : clefs, encrier, vase, canne, machines de laboratoire, statuette, bibelot…

Or, à l’aube de ce troisième millénaire très « high-tech », il est paradoxalement opportun de mettre en exergue la méconnaissance psycho(patho)logique et psychanalytique de cette composante matérialiste. Revendiquer l’inclusion de « l’environnement non humain[4] », magistralement décrit par Harold Searles, prend à contre pied l’orthodoxie d‘hier et d’aujourd’hui[5]. De fait, à l’exception des « nobles » productions artistiques (les tableaux, les sculptures, les films…), les objets « roturiers » sont boudés par les auteurs. Or, la scotomisation est de taille car non seulement la représentation s’étaye sur les objets techniques courants qu’elle produit mais elle est, simultanément, sculptée en retour par les relations coutumières avec eux.
Dans cette perspective, je vais d’abord développer quelques arguments, rebelles à cette exclusion. Dans un deuxième temps, j’évoquerai une proposition originale de description psycho(patho)logique des relations humaines médiatisées par ordinateur. Je compléterai cette ébauche clinique du « système technique[6] » virtuel avec l’évocation d’un exemple singulier issu de ma pratique institutionnelle en maternité. Il s’agit de l’échographie obstétricale, apparemment banale, qui met en scène la rencontre singulière d’un processus complexe, le « devenir parent », avec une technique sophistiquée de diagnostic anténatal. « L’inquiétante étrangeté[7] » de ce cadre sera mise en exergue et, finalement, discutée comme une conceptualisation paradigmatique féconde pour amorcer une psycho(patho)logie du virtuel quotidien.
_______________________
[1] Searles H., (1960), L’environnement non humain, Gallimard, 1986
[2] Freud S., (1901), Psychopathologie de la vie quotidienne, Payot, 1967
[3] Freud S., (1901), Psychopathologie de la vie quotidienne, Payot, 1967
[4] Searles H., (1960), L’environnement non humain, Gallimard, 1986
[5] Tisseron S., De l’inconscient aux objets in Les cahiers de médiologie, N°6, Pourquoi des médiologues ?, 231-243
[6] Gille B., (1978), Histoire des techniques, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard
[7] Freud S.,   (1919), L'inquiétante étrangeté in Essais de psychanalyse appliquée , Paris, Gallimard, 1976
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