« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

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samedi 23 février 2013

6/ Mieux délimiter les parties entre elles par Richard Schwartz

Page 46
Le travail que j'ai effectué pendant plus d'une décennie, avec des centaines de patients, m'a amené à cette conclusion que chacun dispose d'un Self intact, quelle que soit la sévérité de ses symptômes, ou le degré de polarisation de son système intérieur. Le Self possède une perspective claire ainsi que d'autres qualités qui font de lui un guide efficace. Lorsqu'il est complètement différencié, l'individu fait l'expérience de ce sentiment de clarté. Cela peut survenir à la faveur d'un exercice d'imagerie mentale par exemple quand le thérapeute demande au patient d'imaginer qu'il escalade une montagne, et suggère que les parties demeurent dans la vallée.
Les patients disent alors se sentir « centrés », dans un état de bien-être, de calme et de légèreté. Ils disent se sentir libres, confiants et le cœur ouvert.
Ils disent « être dans le présent » (état où il y a absence de pensée, présence de l'expérience seule). Leur sentiment d'isolement disparaît, et ils éprouvent un sentiment de connexion, une fusion avec l'univers. Cet état est similaire à celui dont certains font l'expérience lorsqu'ils méditent. 

À l'occasion de la pratique d'activités sportives, artistiques, ou d'autres activités créatives, il est possible de faire une expérience du même ordre. Le psychologue Mihalyi Csikszentmihalyi (1990) a étudié cet état, qu'il appelle inspiration. L'inspiration est caractérisée par une concentration profonde et une absence de pensées pouvant faire diversion, un désintérêt pour ce qui ne concerne pas l'activité en elle-même, un sentiment d'assurance, de maîtrise et de bien-être, une perte de la notion de temps ou du souci de l'opinion d'autrui, et un sentiment de transcendance. L'attention est totalement investie dans l'activité elle-même, sans souci de récompense ni de reconnaissance. Ayant observé que les individus, partout dans le monde, décrivent ce même état lorsque leur attention est pleinement absorbée dans une activité, Csikszentmihalyi en a conclu qu'il s'agit d'une expérience universelle.
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Autres billets sur Système familial intérieur blessures et guérison

lundi 18 février 2013

5/ Penser en termes de systèmes par Richard Schwartz

Page 27
Un système se verra limité dans son développement s'il accumule des fardeaux (contraintes) sur son chemin. Cela se produit quand le système est traumatisé (il perd son équilibre) avant de s'être complètement développé. Le traumatisme a aussi pour effet de figer les membres du système dans le temps, au moment où il survient. Ces membres ainsi figés non seulement ne sont plus disponibles pour aider, mais de plus imposent, du fait de leurs émotions extrêmes, des contraintes supplémentaires au système, en forçant certains membres à adopter des rôles surprotecteurs. 
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mercredi 13 février 2013

4/ Le concept de multiplicité du psychisme par Richard Schwartz

Page 20
Plus récemment, les chercheurs ont développé des ordinateurs avec processeurs en parallèle (qui travaillent en même temps) communiquant les uns avec les autres, mais largement indépendants les uns des autres. Ces ordinateurs parallèles sont capables de « penser » d'une façon beaucoup plus proche de celle de l'intelligence humaine que les ordinateurs en série d'autrefois (Wright, 1986). Marvin Minsky (1986), l'un des fondateurs de l'intelligence artificielle, conclut : 

"Utiliser l'image de l'agent unique est devenu un sérieux handicap dans l'élaboration de nouvelles idées en psychologie. La compréhension de l'esprit humain est sûrement l'une des tâches les plus ardues à laquelle l'intelligence humaine fait face. La légende d'un Self unique et simple ne peut que nous distraire du but de cette recherche. (p. 51) ( ... ) Tout cela suggère qu'il est raisonnable de penser qu'il existe, à l'intérieur de notre cerveau, une société d'esprits. Comme les membres d'une famille, les différents esprits peuvent travailler ensemble pour s'aider les uns les autres, chacun ayant cependant sa propre expérience mentale dont les autres ne savent rien. (p. 290)."

Dans le domaine de la psychothérapie, des indices qui soutiennent la thèse de la multiplicité méritent d'être mentionnés. John et Helen Watkins (1979) ont poursuivi les recherches d'Ernest Hilgard (1977, 1979), qui a décrit ce qui a été appelé le phénomène de l'« observateur caché ".
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mardi 12 février 2013

3/ Faire confiance aux patients par Richard Schwartz

Introduction page 3
L'histoire de la psychothérapie offre de nombreux exemples de thérapeutes ayant cessé d'écouter. Comme le rapporte Judith Herman (1992), les premières investigations de Sigmund Freud sur l'hystérie portaient bien cette marque de qualité provenant d'une écoute et d'une curiosité authentiques, fruits d'heures innombrables que lui-même et Pierre Janet avaient passées à s'entretenir avec des femmes atteinte de ce trouble. 
" Le travail au travers des cas [que Freud] rapporte révèle qu'il était un homme animé d'une telle curiosité qu'il était capable de mettre de côté ses propres idées préconçues pour écouter. Ce qu'il entendait était épouvantable. Ses patientes lui parlaient sans cesse d'histoires de maltraitance, d'abus sexuels et d'inceste. (Herman, 1992, p. 13) 
Cette curiosité l'a ainsi amené à entrevoir ce qui était alors culturelement même impensable. Après avoir écrit un premier article sur ses découvertes concernant les traumatismes sexuels, Freud se rétracta e commença à élaborer des explications alternatives qui n'impliquaient pas la responsabilité des homrries envers ces femmes. Pour y arriver, il dut s'arrêter d'écouter et commencer à interpréter. À la différence de ses articles du début qui relevaient d'une relation de collaboration avec ses patientes, dans son dernier article sur l'hystérie – au sujet de Dora, que son père offrait à ses amis comme objet sexuel –, Freud décida d'ignorer l'humiliation et la colère intérieure de la victime, et insista pour explorer ses sentiments érotiques, comme si elle avait désiré la situation (Herman,1992). 

lundi 11 février 2013

2/ Un outil de transformation par François Le Doze

Avant-propos à l'édition française par François Le Doze
Sur ce chemin, le psychothérapeute est appelé à mettre lui aussi en œuvre ces qualités de Self leadership sous la forme de ce que d'aucuns appellent la « présence inconditionnelle". Être là, simplement présent, conscient, ouvert et sans jugement dans une invitation vis-à-vis du patient à créer de nouvelles relations empruntes de compréhension avec ses parties, constitue un puissant outil de transformation. J'en ai été et en reste encore le témoin. J'ai pu en effet observer, souvent de façon inattendue, comment certains symptômes (migraine, eczéma atopique, pelade... ) s'estompaient à mesure que les polarisations (ou oppositions) entre parties étaient traitées, les exilés soulagés de leurs fardeaux constitués d'émotions ou de croyances, et le Self leadership restauré. 
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dimanche 3 février 2013

1/ Livre – Richard Schwartz – Système familial interne : blessure et guérison

Poche : 283 pages
Editeur : Elsevier – 17 juin 2009
Collections : traductions
Langue : Français
ISBN-10 : 2810100004
ISBN-13 : 978-2810100002
Dimensions du produit :  22,4 x 14,4 x 1,4 cm
Présentation de l'éditeur
La thérapie "Internal Family Systems (IFSSM)" est un modèle de psychothérapie développé par Richard Schwartz, qui a découvert de nouvelles façons de réduire les conflits psychiques. Le patient est amené à travailler sur ses propres systèmes de croyances et émotions. Ceux-ci sont portés par des sous-personnalités appelées "parties", organisées en microsystèmes figés à la suite d'une expérience ou d'un traumatisme. Ils ont tendance à se substituer au Self dans la conduite de la vie psychique. Ce travail permet de (re)créer un dialogue intérieur entre les parties ainsi qu'entre les parties et le Self, instance centrale du psychisme, siège de la conscience. L'objectif ultime de la thérapie est de restaurer le Self leadership, état dans lequel la vie psychique se trouve de nouveau orientée et conduite harmonieusement, par le Self. L'originalité de cette approche repose entre autres sur son caractère profondément respectueux de la personnalité du patient, sa dimension intégrative et collaborative (entre thérapeute et patient). Elle se situe au premier plan d'un mouvement qui privilégie et valorise la sagesse intuitive du patient comme guide vers la résolution de sa problématique, en passant par la levée des charges ou fardeaux douloureux souvent portés depuis l'enfance. Les applications de ce modèle sont multiples dans les champs conventionnels de la psychothérapie ainsi que dans le domaine psychosomatique, de la vie des institutions et organisations, ainsi que dans le domaine de la vie sociale. La publication de cet ouvrage dans sa version française permettra l'accès du modèle aux professionnels francophones avec les mêmes perspectives de succès que celles qui sont rencontrées aux États-Unis.
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2/ Un outil de transformation par François Le Doze
3/ Faire confiance aux patients

mercredi 30 janvier 2013

L’inceste dans le couple … version masculine


dimanche 27 janvier 2013par Dallaire (Anne)
Le phénomène des agressions sexuelles dans notre société prend davantage de place comme question sexologique, et les sexologues sont de plus en plus sollicités pour y participer en tant que professionnels. Le vécu de ces femmes dans leur relation avec leur partenaire a grandement éveillé la curiosité de nombreux sexologues. Anne Dallaire M.A., sexologue clinicienne au Québec nous donne ici un aperçu de son expérience.

vendredi 25 janvier 2013

Viol et réactions génitales et sexuelles par Marie-France Casalis

Page 25
Pendant l'agression sexuelle, la victime peut éprouver des réactions mécaniques dans la zone génitale.
Ces réflexes ne témoignent pas d'un plaisir sexuel en ce sens qu'ils sont des réactions physiologiques réflexes. Pour celles des victimes qui les ont éprouvés ils aggravent souvent son sentiment de culpabilité. Ces réactions provoquent fréquemment des conséquences difficiles dans son rapport à son propre sexe et dans ses relations sexuelles avec l'autre. Ayant été trahie par les réactions les plus intimes de son corps, il lui devient parfois difficile, dans un rapport sexuel désiré, de laisser venir la sensation de l'orgasme. De plus, quand l'agresseur cherche à obtenir cette réaction mécanique que la femme violée ressent à son corps défendant, cela s'inscrit dans une stratégie pour leurrer la victime, comme l'auteur, sur la réalité de l'agression en faisant accroire que réaction sexuelle de plaisir signifie consentement. L'agresseur exploitera cette réaction pour s'innocenter. 

jeudi 24 janvier 2013

Qu'est-ce que le viol ?


¤ Le viol est un crime 
« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol. » 
Article 222.23 du Code pénal.
Chaque terme a son importance :
  – pénétration sexuelle : c’est ce qui distingue le viol des autres agressions sexuelles ;
  – de quelque nature qu’il soit : ceci désigne toute pénétration sexuelle, qu’elle soit vaginale, anale (sodomie) ou orale (fellation), ou pénétration sexuelle par la main ou des objets ;
  – commis sur la personne d’autrui : ceci désigne soit une femme, soit un homme, soit un enfant – fille ou garçon – que la victime soit connue ou inconnue de l’agresseur ; ce dernier peut être extérieur à la famille ou lui appartenir (viol incestueux, viol conjugal) ;
  – par violence, contrainte, menace ou surprise : ceci désigne les moyens employés par l’agresseur pour imposer sa volonté, au mépris du refus ou de l’âge de la victime ; c’est le non-consentement ou l’abus de minorité qui caractérisent le viol.
¤ Les autres agressions sexuelles sont des délits
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Les billets sur le blog en témoignage de viol
BD — Lettre à son père violeur
BD – Mon « frère » Daniel – suite – Revictimation

samedi 19 janvier 2013

6/ Qualité de la communication dans la genèse de l'état limite par Vincent Estellon

Page 100
Si l'enfant a besoin de soins pour grandir et se construire, il est également pris dans un bain de paroles. La qualité de la communication qui le lie à son environnement tient une grande place dans sa structuration psychopathologique. En 1972, Gregory Bateson développe des travaux sur la communication à double contrainte.
Pour lui, la double contrainte, pour se constituer, a besoin des éléments suivants :
– au moins deux personnes (l'émetteur de la double contrainte et le récepteur) ; 
– la répétition de l'expérience ;
– une injonction négative primaire pouvant prendre deux formes : « ne fais pas ceci ou je te punirai » ; « si tu ne fais pas ceci je te punirai » ;
– une injonction secondaire qui contredit la première à un niveau plus abstrait tout en étant, comme elle, renforcée par la punition ou par certains signaux menaçant la survie. Elle peut être transmise à l'enfant par des moyens non verbaux (attitudes, gestes, ton de la voix, etc.) ; 
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vendredi 18 janvier 2013

5/ Le clivage vertical par Vincent Estellon

Page 56
2. Le clivage vertical. – Cette notion ressemble à ce que Freud nomme le « clivage du Moi » : une partie de la psyché est tenue écartée d'une autre de manière à ce qu'aucune connexion ne soit possible entre les deux. Les effets dérivés de ce clivage sont proches de ce que Ferenczi note à propos du nourrisson savant (ou chez Winnicott avec le faux-self) : ceux d'une fragmentation du Moi.
Pierre Fédida1 donne un bon exemple de clivage vertical : il s'agit d'une secrétaire de direction qui entretient une relation affective et sexuelle avec le patron de son entreprise. Pour l'instant, rien de très surprenant. Mais voila le hic : en même temps qu'elle est la maîtresse de son patron, elle est la meilleure amie de la femme du patron. Lorsqu'elle revient d'un déplacement professionnel (qui lui a permis d'entretenir des relations sexuelles intenses avec son patron) la première chose qu'elle fait est de se rendre chez son amie (la femme du patron). Elle l'écoute se plaindre de son mari, est triste avec elle, est même capable de pleurer avec elle lorsque cette dernière soupçonne son mari de la tromper. Deux personnalités se mettent selon les circonstances à l'abri l'une de l'autre de sorte que la personne se vit comme « coupée en deux ».
Pierre Fédida montre dans ce très bel article comment l'humour en séance a progressivement permis à la patiente de faire communiquer des scènes qui étaient tenues absolument séparées par le clivage. On peut constater aussi combien lorsque le clivage menace de céder, que l'une des parties de sa personnalité commence à dialoguer avec l'autre partie, la patiente est dévastée par l'angoisse. Pour spécifier cette déchirure de la subjectivité, René Roussillon2 a proposé le terme de clivage au Moi plutôt que clivage du Moi. Le « clivage au Moi » insisterait sur la déchirure subjective entre une partie représentée et éprouvée et une partie non représentable, non élaborée, ni constituée dans la psyché.
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1. P. Fédida, « Le psychanalyste, un état limite? » in Transfert et états limites (sous la dir. de J. André), Paris, PUF, « Petite bibliothéque de psychanalyse », 2002.
2. R. Roussillon, Agonie. clivage et symbolisation, Paris, PUF, 1999.
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lundi 14 janvier 2013

Video – Professeur Onno van der Hart, sur la dissociation des victimes de viols par inceste

12/ L'hyperactivité chez les victimes de viols par inceste


La dissociation structurelle primaire
1.2. Symptômes négatifs dans la PAN
Page 71
Cependant, si l'évitement mental du survivant n'est pas efficace et si son efficacité mentale demeure insuffisante pour intégrer les souvenirs traumatiques, il vit une suractivation physiologique chronique. Dans ce cas, il ne se sent pas engourdi, mais, au contraire, dominé par une dysphorie chronique, une impression d'urgence des tâches à faire, une anxiété, une dépression, une culpabilité, une honte, une frustration, une irritabilité, ou une rage généralisées, qui l'empêchent de ressentir les émotions au plan des relations d'intimité et d'avoir plaisir à vivre. 
Cécilia, une patiente souffrant d'ESPT complexe, était chroniquement angoissée et déprimée et avait l'impression d'être continuellement submergée par le stress. Dès que la moindre chose allait de travers, elle se sentait gravement déprimée, coupable, et ne pouvait plus assurer son travail. 
La plupart du temps, en raison de son incapacité à réguler les affects, la PAN vacillera entre des extrêmes de sous- et de suractivation physiologique. 

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Autres billets sur l'yperactivité

BD – Les angoisses et l'hyperactivité
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samedi 12 janvier 2013

« Borderline » ou « pervers narcissique » ?


En préambule, les deux types de personnalités comparées ici sont conséquences de personnes qui sont malades et il ne s'agit pas ici de juger tel ou tel mais une fois encore de comprendre, comprendre pour aider.
Ce que l'on appelle un « pervers narcissique » et que personnellement je préfère nommer « narcissique à tendances perverses », est une personne qui a généralement un ego surdimensionné, qui est dans sa réalité et qui va chercher à utiliser les autres pour ses propres fins et s'arranger pour se faire passer pour victime et maintenir alors sa « victime » sous sa coupe pour son propre bénéfice.
En lisant ces mots et au regard de certains comportements utilisés (visibles) par les personnes souffrant d’un trouble borderline, certains pourraient se dire « mais alors les borderline sont des pervers narcissiques ! »
Nous parlerions alors de « borderline narcissiques »… mais en règle générale, les narcissiques « libres de faire leurs métiers de narcissiques » (non entravés), ne sont pas enclin à se faire du mal, renoncer à leur identité, à s’auto-mutiler, ou faire tentatives de suicide.
En premier lieu il est donc à priori indispensable de faire le distinguo entre l'apparence et la réalité de l’être...
Le « narcissique à tendances perverses », est convaincu de sa supériorité, il croit vraiment être ce qu'il montre alors que les « borderline » ne sont pas (peu) ce qu'ils montrent au reste du monde.
La première différence profonde entre les deux, c'est que le « narcissique à tendances perverses » ne souffre pas lorsqu'il est libre de faire son "job" (il ne souffre que lorsqu'il est contraint, entravé ou quand il ouvre les yeux sur le fait « qu’un tel génie ne serait finalement qu’assez médiocre », etc.) alors que le « borderline » est, lui, en souffrance…
D’une certaine manière on pourrait dire que le « borderline » est souffrance, au point même que les moments de bien être peuvent être vécus comme le prélude à la catastrophe suivante qui ne manquera pas de se produire tôt ou tard..
Modes de pensée du « narcissique »
Le « narcissique » a un objectif principal qui est lui-même. L'autre est quantité négligeable :

  • « Je suis génial, je suis fort, je suis au dessus du lot »

  • « L’autre ne peut pas ne pas m’aimer »
  • « Je vais me servir de l'autre pour obtenir ce que je veux, ce à quoi j’ai droit et je vais m'arranger pour que ma victime se sente coupable afin qu'elle ne m'en veuille pas et qu’elle n’ait aucun désir d’indépendance »
  • « Pourquoi aurais-je un problème de conscience, ce n’est quand même pas de ma faute si elle est à ce point stupide »
  • « Ma victime me remerciera pour ce que je fais pour elle, ce qui est normal étant donné que c’est vrai, sans moi elle ne serait rien, c’est un honneur que je lui fais »
  • « Quand il arrive un problème à un de mes proches, je suis triste. Mais en fait j’ai de la peine pour moi, pas pour lui » (processus généralement inconscient)

  • ... Le « narcissique » a donc un objectif, obtenir un bénéfice pour sa propre personne. Suite à un événement « exploitant l’autre », il sera d'usage qu'il n'ait pas de problème de conscience, pas de remord, il considérera que l'autre l'avait mérité « il n'avait qu'à pas être si bête » et pourra même se vanter auprès de ses amis d'avoir eu un tel « succès ».
    Dans ce contexte, le doute, l’autocritique et les remises en question ne font pas partie de la pensée générale du « narcissique ».

    Modes de pensée du « borderline »
    Le « borderline » a un mode de fonctionnement qui est totalement différent et qui, de plus, échappe généralement à son conscient, quand bien même cela peut ressembler de l’extérieur à du narcissisme.
    Il peut aussi dans certaines circonstances donner le sentiment de nier l’autre. Mais dans ce mode d'action dit « borderline », l'autre n'existe pas, non pas parce qu'il est quantité négligeable ou parce qu’il serait « inférieur », mais parce que le problème n'est pas la.


  • « Je suis faible »
  • « Au fond de moi, je sais que je suis nul(le) même si j’ai une capacité à comprendre le monde que les autres n’ont pas ou peu ».
  • « Ma nullité est sur le constat de mes échecs et de mon incapacité au bonheur »
  • « L’autre ne peut pas m’aimer, s’il m’aime c’est qu’il se trompe »
  • « Je me trouve dans une situation émotionnelle ingérable... voire 'mortelle' de mon point de vue, il me faut donc absolument sortir de cette situation émotionnelle »
  • « Mon émotion décide alors pour moi de la façon dont je dois procéder et même si mon conscient sait que ce n’est pas la solution, je subis mon émotion »
  • « Si pour sortir de cette situation, j’ai été amené à nier l'autre, l'écraser, etc., cela ne faisait néanmoins pas partie de mon objectif qui était ‘d’en sortir’ »
  • « Je suis conscient de ce que j’ai fait. Je pense que c’était mal, et je suis ainsi face à un problème de conscience, de culpabilité qui à nouveau génère une émotion pouvant être insupportable, il me faut donc absolument sortir de cette situation »
  • « Si je ne peux pas trouver d’alternative pour sortir de cette panique émotionnelle, alors je tente de rendre totalement responsable l'autre de ce qui est arrivé, non pas parce que  je cherche à le rabaisser ou m'en servir mais parce que si ce n'est pas lui le responsable alors c'est moi et moi je ne pourrais pas me supporter en ayant agis ainsi »
  • « D’une certaine façon je reproche à l’autre de ne pas m’avoir empêché d’être moi-même. Il aurait du me protéger malgré moi et m’empêcher de me mettre dans cette situation. S’il m’avait respecté et aimé, il ne m’aurait pas mis dans cette situation émotionnellement ingérable. C’est donc bien de sa faute si tout ceci est arrivé »

  • ... Le « borderline » a donc un objectif, échapper à l’émotion ressentie comme « mortelle ». Suite à un événement « faisant du mal à l’autre », il sera d'usage qu'il ait de gros problèmes de conscience, des remords, mais il devra à nouveau échapper à ce flux émotionnel (il pourra par exemple essayer de se suicider après son acte ou rendre l’autre responsable, non pas pour « l’utiliser » mais pour échapper à sa propre culpabilité)

    Le doute, l’autocritique et la remise en question sont au coeur de la pensée générale du « borderline » même s’il peut se trouver dans l’impossibilité de l’avouer. (encore une fois car cela pourrait être générateur d’émotions ingérables).

    mercredi 19 décembre 2012

    1/ Livre – Les états limites par Vincent Estellon

    Auteur : Vincent Estellon
    Editeur : PUF
    Collection : Que-sais-je ?
    Date de parution : 9/11/2011
    EAN13 : 9782130591542
    Genre : Poche universitaire – pluridisciplinaire
    Langue : français
    Format : 17 x 11
    Poids : 100g
    Nombre de pages : 128

    Bien adaptés socialement, professionnellement, voire familialement, certains sujets peuvent bénéficier d'un ancrage à la réalité apparemment solide. Mais très vite, ils révèlent de grandes fragilités : une estime de soi alternant entre sentiment de toute-puissance et vide sidéral, un monde psychique attaqué par de folles angoisses existentielles, un rapport aux autres marqué par une grande souffrance. Ne rentrant résolument pas dans les modèles qui leur sont proposés, ils questionnent sans cesse le rapport entre norme et folie, vérité et mensonge, amour et haine, vie et mort.
    Les états limites ont longtemps été regroupés dans un ensemble aux contours peu nets, situé entre la névrose et la psychose. En fait, c'est bien la question de la frontière, de la limite, qui est centrale chez ces patients : la notion de choix est ardue pour les personnalités borderline. Cet ouvrage dresse un panorama des connaissances théoriques et cliniques autour de la pathologie des limites du Moi. 

    4/ L'identification à l'agresseur dans les états limites

    Page 68
    C'est dans l'article « Confusion de langue entre les adultes et l'enfant »1 que Ferenczi invente cette notion reprise plus tard et différemment par Anna Freud.
    Dans des situations extrêmes provoquant détresse et peurs limites (agression grave comme le viol, l'abus sexuel, la maltraitance, les punitions passionnelles où l'enfant ayant commis une bêtise est puni de façon démesurée), l'enfant va pouvoir s'identifier à son agresseur.
    S'oubliant complètement pour se mettre au service de l'agresseur, devinant ses moindres désirs, il déjoue d'une certaine manière les attaques et les chocs qui pourraient arriver de manière imprévisible : « La peur devant les adultes déchaînés, fous en quelque sorte, transforme pour ainsi dire l'enfant en psychiatre ; pour se protéger du danger que représentent les adultes sans contrôle, il doit d'abord s'identifier à eux. »
    Cette soumission entière assure à l'enfant une certaine maîtrise sur celui qui est susceptible de le surprendre et de l'atteindre. L'identification à l'agresseur donne la possibilité à l'enfant de maintenir une image suffisamment positive du parent – agresseur – dont il dépend pour vivre et subsister. Elle a pour effet de faire disparaître la violence de ce dernier en tant que réalité extérieure : la violence de l'agresseur est intériorisée de sorte que la tendresse originelle peut continuer de se développer à la faveur de l'agresseur. Il est à relever  qu'à partir du moment où l'agresseur est devenu intrapsychique, il perd son statut d'objet pour devenir une partie du Moi. On constate à ce moment précis une des origines de la confusion entre sujet et objet, Moi et non-Moi, entre le dedans et le dehors. Cette configuration particulière ne permet pas à l'autre d'être reconnu dans son altérité. La violence subie est intériorisée de façon confuse, car, la plupart du temps, elle est déniée par l'agresseur lui-même. Dans ce cas, l'enfant ne sait plus mettre des mots sur l'expérience qui lui arrive puisque les mots utilisés par l'agresseur visent à disqualifier son ressenti subjectif.
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    1S. Ferenczi (1932), « Confusion de langue entre les adultes et 
    l'enfant », Psychanalyse IV, Œuvres complètes, 1. IV, Paris, Payot, 1982,
    p. 125-135. 

    lundi 17 décembre 2012

    11/ Symptômes négatifs de la PAN dans la dissociation structurelle primaire

    La dissociation structurelle primaire
    Page 70
    Le survivant, en tant que PAN, est quelquefois capable de présenter une façade de normalité dans la mesure où les symptômes dominants de la PAN sont négatifs. Ce sont en effet des pertes de fonction, qui résultent souvent de la dissociation et d'un évitement mental de dangers perçus. Les pertes peuvent parfois être plus aisément déguisées, dissimulées ou ignorées, que les symptômes positifs. Parmi les pertes dissociatives, on range certaines amnésies (pertes de mémoire), un détachement subjectif de la réalité (avec conservation du contact avec le réel), diverses formes d'anesthésie sensorielle (par exemple, perte de l'odorat, de l'ouïe, de sensations), perte d'affect, qui produit un engourdissement ou une superficialité des émotions, et d'autres pertes qui seront abordées dans le chapitre 5. Ces fonctions peuvent être plus ou moins profondément dissociatives et, jusqu'à un certain point, on peut les trouver dans la PE: par exemple le rappel d'un souvenir traumatique avec les cognitions, les sensations et les affects qui lui sont liés. 
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    dimanche 16 décembre 2012

    3/ L'angoisse chez les Etats limites selon Otto Kernberg

    Page 49
    L'angoisse. – Flottante, diffuse, d'intensité variable, l'angoisse est toujours présente en toile de fond du tableau clinique. Lorsqu'elle atteint son sommet – la crise -, l'angoisse est susceptible de produire des effets de sidération pour la pensée: paralysée, incapable de se représenter, la pensée est comme arrêtée. Au plan somatique, elle s'accompagne souvent d'un florilège de symptômes divers tels la tachycardie, la sudation, la sensation de gène respiratoire, le malaise. Contrairement à la peur (dont le sujet peut se faire une représentation), l'angoisse ne peut se rattacher à un objet précis ou à une situation: elle envahit l'être sans qu'il ait le temps de comprendre ce qui lui arrive, ni pourquoi cela arrive. Si l'angoisse de castration (liée à la culpabilité œdipienne) est dominante chez les névrosés, les états limites peuvent présenter des angoisses de nature mixte : angoisses identitaires, angoisses liées à la perte et à l'éloignement de l' objet, angoisses plus primitives d'effondrement, de terreurs sans nom. Pour Widlôcher, c'est une angoisse d'annihilation, de perte du sens de la vie. Les travaux de Winnicottl sur la crainte de l'effondrement (fear of breakdown) sont en rapport avec ce type d'affect.
    En anglais, breakdown évoque la panne de voiture. Quelque chose s'est cassé ou détraqué dans le moteur ; ou bien alors il manque de carburant. On peut l'utiliser également dans le domaine de la santé pour évoquer l'altération, le déclin et le risque de l'arrêt complet.
    En termes psychopathologiques, cela va donner le risque de « craquer », la crainte de « s'effondrer ».
    Selon Winnicott, cette crainte serait liée à une expérience antérieure d'effondrement qui a pu être ressentie lorsque l'environnement n'a pas pu répondre de façon consistante à un état de détresse. Si ce type d'angoisse peut s'apparenter à la psychose, il s'agit de préciser que l'angoisse borderline est toutefois différente de l'angoisse psychotique dans la mesure où les frontières entre le Moi et l'objet, même si elles sont poreuses, sont existantes. Par rapport à l'objet, on note la prévalence d'une angoisse anaclitique étroitement liée à la distance de l'objet: tandis que l'éloignement réactive l'angoisse d'abandon ; le rapprochement exacerbe l' angoisse d'intrusion. L'incapacité à mentaliser ou à élaborer psychiquement à partir de ce trop-plein d'énergie pulsionnelle conduit souvent le sujet vers une clinique
    de l'agir. 
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    1. D. W. Winnicott, « La crainte de l'effondrement » in Nouvelle revue de psychanalyse, n° II, Figures du vide, Paris, Gallimard, 1975. 

    samedi 15 décembre 2012

    2/ Les états limites : The Borderline Patient

    Page 38
    Toujours aux États-Unis, Arlene Wolberg2, en 1952, donne dans un article intitulé « The Borderline Patient », une fine description clinique de ces sujets présentant des défenses névrotiques mal assurées ainsi que des défenses plus primitives associées classiquement à la psychose. Le groupe des états limites est isolé de celui des psychoses pour être pensé comme une affection psychopathologique à part entière. Elle insiste sur : 
    – la tendance à instaurer entre soi et l'autre une relation d'interdépendance sadomasochiste (vouloir contrôler, dominer l'autre, tout en sac~ant se placer dans une position d'extrême soumission à l'autre). Cette tendance est soutenue par les angoisses dites anaclitiques3
    – la recherche compulsive de gratifications, de considérations et de récompenses, venant de l'autre (venant contrebalancer le défaut fondamental d'estime de soi) ;
    – la présence de fantasmes à coloration mégalomane; 
    – l'hypersensibilité (aux remarques ou critiques émanant des autres), l'intolérance aux frustrations; 
    – des mécanismes d'échec face au succès (tendance à l'autopunition, à refuser le bonheur) ; 
    – l'importance du clivage des pensées, des représentations et des affects; 
    – la prévalence de sentiments de manque, de solitude, de vide liés aux angoisses d'abandon. 
    Pour elle, ces sujets ne peuvent être rapprochés de la psychose car, malgré d'importantes difficultés, ils restent ancrés dans l'épreuve de la réalité. Et les rabattre du côté des névroses consisterait à ignorer l'importance des angoisses et mécanismes de défense d'ordre psychotique. 
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    2. A. Robbins Wolberg, The Borderline Patient, NY Intercontinental Med Book, 1973. 
    3. Anaclitique: terme utilisé par René Spitz pour désigner un syndrome dépressif chez des enfants ayant connu des carences de soins précoces (hospitalisme). On parle de lien anaclitique pour désigner une relation d'extrême dépendance à l'autre, tandis que cette dépendance n'est pas admise par la conscience. Etymologiquement, cet adjectif évoque ce qui est « appuyé contre ». 
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    Autres billets sur Les états limites
    1/ Livre – Les états limites par Vincent Estellon
    3/ L'angoisse chez les Etats limites selon Otto Kernberg
    4/ L'identification à l'agresseur dans les états limites

    dimanche 9 décembre 2012

    10/ Caractéristiques du souvenir narratif autobiographique

    Introduction
    Page 62
    Les récits autobiographiques se produisent lorsque l'individu a le sentiment d'être personnellement propriétaire du souvenir et des événements rapportés par le souvenir – cela s'applique à la fois à la PAN et à la PE. La mémoire narrative, ou mémoire épisodique (Tulving, 2002), a été décrite comme une « fonction de la personnalité vivante » (Schachtel, 1947, p. 3). La mémoire narrative autobiographique ajoute ainsi de la cohérence à notre personnalité au fil du temps et des contextes successifs.
    Les souvenirs narratifs ont des caractéristiques particulières (Janet, 1928a ; Van der Kolk et Van der Hart, 1991). On peut les retrouver intentionnellement, et ils peuvent se déclencher sans référence particulière à des signaux situationnels. Ils véhiculent un récit pour la personne qui écoute, une histoire souple et adaptée à un auditoire particulier.
    On racontera une anecdote personnelle dans une soirée tout à fait autrement qu'on ne la rapporterait, avec plus d'affects, à un ami proche. De temps en temps, les souvenirs sont réexaminés à partir de points de vue nouveaux. Les souvenirs narratifs sont verbaux et condensés : un long événement peut être raconté en un court moment. La mémoire narrative n'est certainement pas une bande vidéo des événements, elle est plutôt reconstructive par nature. Un souvenir reconstruit est condensé et symbolisé. Par exemple, une femme peut avoir un souvenir clair de son accouchement, mais elle ne revit pas les heures de travail, ni la douleur physique. Elle peut raconter l'histoire en un temps bref, sans y inclure chaque détail. Certaines PAN ne peuvent s'écarter d'un récit stéréotypé de ce qui leur est arrivé. Leur récit peut être extrêmement général, présenter d'étranges lacunes, avec une syntaxe, un ordre du récit et un usage des pronoms inhabituels. Elles peuvent rapporter d'horribles événements de façon dépersonnalisée, sans aucun affect.

    Le souvenir narratif remplit des fonctions sociales et relationnelles. Il sert de lien entre les êtres humains ; c'est une façon pour l'individu de se faire connaître des autres, et c'est aussi une façon de faire des prises de conscience personnelles. Pour la PAN, l'isolement social et le manque de conscience de soi peuvent se produire en partie parce qu'il n'y a tout simplement pas de mots pour raconter l'histoire.

    Janet (1919) notait qu'un souvenir autobiographique, « […] comme tous les phénomènes psychologiques, est une action : elle consiste essentiellement dans l'acte de raconter » (p. 272). La création d'un souvenir autobiographique se compose de deux types d'actions mentales (Janet, 1928a) : 1) perception, encodage, et stockage des actions mentales et comportementales pendant l'événement originel, et 2) rapport (récit) parallèle de ce qui s'est produit. Ce sont ces actions mentales qui assignent l'expérience et sa signification au souvenir : « Il arrive ceci et cela, et je ressens cela, et je pense cela, et cela veut dire ceci et cela pour moi en tant que personne, et cela affecte mon comportement de telle et telle façon. » Lorsqu'on se rappelle ses expériences personnelles, on s'engage plus ou moins dans ces deux types d'action mentale.
    Tulving, E., (2002). Episodic memory: From mind to brain, Annual Review of Psychology, 53, p. 1-25.
    Schachtel, E.G., (1947). On memory and childhood amnesia. Psychiatry, 10, p. 1-26.
    Janet, Pierre, (1919). Les médications psychologiques. Paris, Flammarion ; Réed. Paris, l’Harmattan, 2005.
    Janet, Pierre, (1928). L’évolution de la mémoire et de la notion du temps. Paris : A. Chabine. Réed ; Paris : L’harmattan, 2005.
    Van der Kolk, B.A., Van der Hart, Onno, (1991). The intrusive past: The flexibility of memory and the engraving of trauma. American Imago, 48, p. 425-454.
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