« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

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lundi 17 décembre 2012

BD – Mon cousin germain et ma tante

D'abord, merci de m'avoir contacter mais voilà …
Une histoire aberrante m’est arrivée, il y a quelques mois, sur facebook. Une personne m’a contactée et m’a envoyé un message privé : c’est un cousin germain, le fils de la sœur de ma mère.
Dans son message il m'avait écrit ceci en gros :
« Bonjour je m'appelle machin, ma maman est la sœur de ta mère, elles ne se parlent plus et j'aimerais te connaître si tu es d'accord. »
Je suis restée méfiante envers ce message. Je lui ai répondu, sans trop donner de détails et il m’a donné quelques renseignements qui correspondent totalement à ce que je savais déjà sur ma famille, comme par exemple le nom d’une de mes sœurs, son adresse et il savait aussi que mon père s'était tué.
Par contre lors du peu de nos échanges, il m’a dit que mon père ne serait pas mon père, que celui-là m'aurait reconnue simplement. J'étais sidérée. Dans ma tête je devenais dingue. Je me suis dit : mais alors j'en aurais trois ? Trois pères :
• celui qui soit disant m'aurait reconnue ;
• celui qui m'aurais fabriquée et
• celui de maintenant qui serait mon beau-père, qui lui est encore vivant.
Mais quand j'ai voulu en savoir un peu plus, il m’a dit que tellement de choses horribles impensables se sont produites que c'est difficile à raconter. Il m’a dit aussi que sa mère aurait fait les démarches pour m'enlever de chez ma mère et qu’elle en savait beaucoup aussi qu’elle pourrait m'en parler. Alors je lui ai demandé gentiment que si elle pouvait me rappeler ou m'écrire cela serait génial. Je lui avais expliqué pourquoi, mais le cousin machin m’a fait comprendre, à plusieurs reprises, que c'est une histoire trop lourde et que rien qu'à y penser cela rendrait malade sa maman. Je pouvais comprendre oui, j'étais de tout cœur avec elle. Il m’a dit aussi que ce soit disant père martyrisait le village où il habitait.
Mais voilà le problème depuis cet écrit : plus de nouvelles, enfin façon de parler, il a répondu à mon dernier mail et il m’a fait comprendre avec son dernier message qui date de un ou deux jours que je devais faire une croix sur ce passé et penser au présent.
Voici ces derniers écrits :
« quand j ai prie contacte avec toi cela c est fait part hasard je ne savait pas que tu avait de gros soucie je ne peut pas t aider pour ton passé; le passé il faut le laissé dans le passé même si celà et difficile et se touné vers l avenir celà et peut etre inaceptable pour toi au vu de se que tu m ecris tu cherche des réponses mais ces reponses sont inconfessionnables. »
Donc me voici sans réponse encore une autre fois sur mon passé. Je le savais mais je l'ai quand même relancé : qu'appelle t-il inconfessionables ? Mais cela me fait très très mal. Mal que cette personne se soit mise en relation avec moi. Mais pourquoi en fin de compte ? Soit disant me connaître mieux, car il m’a jointe par Facebook par le reste de notre famille, mais nous n’avons pas de relation, juste une seule fois au téléphone et là je me suis dit qu'il n'était pas si mal lui. Voilà au moins une personne bien qui a réussi à s'en sortir. Mais non apparemment je me suis trompée à son sujet, il est aussi faux que les autres membre de cette famille. En plus il ne voulait même pas faire le nécessaire pour m'en dire plus, pour aider aussi sa mère à écrire mon histoire horrible mon vécu et ce qu’elle a vécu aussi.
Comment comprendre un tel comportement ? Ce matin j'étais en rage je voulais les bousculer sa mère et lui. Je voulais les faire souffrir, leur faire ressentir tout ce mal qu’ils me font tous. Je voulais les coller contre le mur, je voulais me déplacer pour aller voir cette soit disant mère – ma mère –  qui l’est par le sang. C'est vrai, par la loi, mais rien d'autre et qui en plus veut voir aussi ces petits enfants. Ah ça non ! Il en est hors de question. Je voulais elle aussi la coller contre le mur, je voulais faire exploser cette bombe qui est en moi et qui a doublé de volume. Je veux faire éclater cette histoire qui est pourrie, qui sent mauvais. Je le reconnais je suis devenue dangereuse envers cette famille, qui est aussi ma famille soit disant, à les écouter tous. Comme je les hais tous les membres de cette famille, car pour moi, ce n'est pas cela une famille pour moi, pas avec un tel comportement, mais Emmanuelle était là encore pour essayer de calmer cette douleur. Elle m’a donné l'ordre ne pas appeler ma mère, car Emmanuelle sait et comprend cette rage qui est en moi. Je pense qu’elle sait aussi que cette rencontre n'aurait pas abouti car j’avais tellement de colère en moi. Elle m’a demandé de faire et de l'exprimer à travers un dessin. Mais voilà combien de temps je vais pouvoir tenir, car à mes yeux dans cette famille ils sont tous plus ou moins névrosés remplis de méchanceté. J'en ai fait les frais déjà, par ce gâchis par tous ces antécédents, par toutes ces histoires qui on été cachées. Que tous avouent des choses peut-être pour avoir la conscience tranquille, mais comment on peut vivre comme cela ? Voilà le résultat rien en sort ! Rien ! J'aimerais qu'ils arrêtent de se montrer comme cela. Par leur comportement, ils soutiennent cette fameuse loi du silence, cette loi qui me donne des frissons, cette loi qui soutient des assassins, des agresseurs qui abusent physiquement et psychologiquement de pauvres victimes comme moi. Toutes ces personnes qui ont tous, plus ou moins avec leurs belles paroles, me disaient tu n'es plus seule, on est là ou alors « il faut pardonner ». Leurs comportements qui commence à lâcher un morceau, une bombe et qui me laisse sur cette lancé pour savoir la vérité, ma vérité sur cette vie de petite enfance qui a mal commencé pour moi. Je ne comprends pas ce genre de personne. J'aimerais qu’elle ou qu'il se rendent compte du mal que cela peut faire.
Cousin Machin, réfléchissez au mal et à cette destruction que cela provoque en moi encore un peu plus avec votre comportement. Dans ce corps qui est déchiqueté qui est le mien avec ses multiples maltraitances.
Le cousin Machin sait que j'ai des troubles dissociatifs. Il sait que cela me fait souffrir et m'empêche d’avancer, de vivre une vie normale de maman, une vie sexuelle aussi. Cela me met hors de moi et me rend malade. Je lui ai parlé aussi de mon petit garçon et de ses problèmes de santé, que le service génétique aurait bien voulu avoir des renseignements pour leur orientation, pour trouver une réponse. Il est en courant de tout cela. Il préfère se taire et surtout sa mère, mais où est leur responsabilité ? Cette mère qui va mourir et emmener tous ses secrets sans penser une seule fois que si elle parlait, elle pourrait m'aider à aller mieux, à me reconstruire et aussi à avoir en moi moins de colère, moins de rogne. Alors j'aimerais sincèrement que ce cousin germain entende mes cris de désespoir et de souffrance, qu’il fasse un geste de personne normale qui prend ces responsabilités.
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mercredi 1 avril 2009

Inceste : la contagion épidémique du silence par Dorothée Dussy

Anthropologie et Sociétés, vol. 33, n° 1, 2009, p. 123-139.
Dans les sociétés occidentales, les situations avérées d’inceste se caractérisent exclusivement par des faits de viols ou d’agressions à caractère sexuel sur un ou plusieurs enfants de la famille.
Parfois, les agressions se poursuivent même une fois l’enfant devenu adulte, si ni lui, ni son agresseur, ni les circonstances n’y mettent fin. Dans de très rares cas, il arrive que de ces agressions initiales commence ce qui est ensuite vécu comme une liaison amoureuse. En revanche, il n’arrive jamais – les exceptions sont théoriquement toujours possibles quoique, une fois l’enquête menée, je n’en aie trouvé aucune occurrence – qu’un père et une fille, ou bien un frère et une soeur, ou encore une grand-mère et son petit-fils se marient, ou entament une liaison à un âge où les deux partenaires sont capables d’un consentement éclairé.
En tant qu’ethnologue qui décrit le monde social en m’appuyant sur le champ d’expériences des acteurs, je désignerai donc par le terme « inceste » les agressions sexuelles intrafamiliales commises sur des personnes mineures. La littérature qui traite de l’inceste dans sa dimension empirique, celle à laquelle je m’intéresse, a depuis longtemps montré la place centrale du silence entourant ces situations d’agressions répétées.
Émanant des disciplines de la santé mentale ou des mouvements féministes, et visant à améliorer la prise en charge des victimes et à prévenir de nouvelles situations d’inceste, la littérature a principalement discuté de la nécessité, individuelle et collective, thérapeutique et judiciaire, de sortir du silence.
Je souhaiterais ici décentrer l’objectif, et simplement explorer la dynamique qui habite le silence autour de l’inceste et qui le porte, dans la vie quotidienne des acteurs de notre monde social.
J’aborderai cette exploration selon trois registres d’observation.
• D’abord auprès d’enfants violés devenus adultes, pour lesquels, jusqu’à ce qu’ils aient révélé l’inceste, la question du « dire » constitue une thématique à la fois centrale et douloureuse.
• Ensuite, point de vue des anthropologues, dans la mesure où en tant que spécialistes de la formulation des règles sociales et théoriciens de l’interdit de l’inceste, ils sont des acteurs sociaux particuliers dont il est intéressant d’interroger le discours sur l’inceste. 
• Enfin, à l’échelle collective, celle de la société, à l’heure où l’inceste marque régulièrement l’actualité. 
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