« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

jeudi 3 janvier 2013

BD – Qui était mon père ?

Mon père suite à ce que j'ai appris. Je vais vous parler un peu de ce que j'ai récupéré du dossier de ma grande sœur chez elle. Le contenu du dossier parle « de mon père ». Alors un dossier bien compliqué.
D'abord, je sais que mon père – celui qui m’a reconnue – est né en 1928 et que ma mère est née en 1939. Mon père est mort en novembre 1978 en hôpital psychiatrique.
Ma mère a demandé une fois mon père mort, que les enfants qu’elle avait et qui vivait avec elle (mon frère et mes sœurs, dont elle avait la garde, c'est-à-dire trois filles qui sont nées en 1964, 1967 et 1970 et un garçon qui est né en 1965 et qui porte son nom à elle. Elle a déposé une requête au tribunal le 18 novembre 1978, je suis née en 1966 et une de mes sœurs est née en 1963. Elle est l'aînée de cette lignée qui ne vivait plus chez elle non plus, pour raisons diverses. Nous étions toutes les deux en famille d'accueil. Ma sœur a fait un séjour avant dans une pouponnière puisqu’elle avait été retrouvée dehors. A cette époque-là mes parents n'avaient pas de domicile fixe ? C’est une chose qui se produisait régulièrement chez eux, pour ne pas être retrouvés par les services sociaux et la gendarmerie.
Je n’ai jamais su que ma sœur habitait pas loin de moi. Je l'ai appris quand on m’a annoncé la mort de mon père alors que j'avais 13 ans. Comme excuse, pour la demande de ma mère pour que l’on prenne son nom à elle, elle a dit que mon père était marié et qu’il avait mauvaise réputation et qu’elle souhaitait que ses enfants, ceux qu'elle avait en sa garde portent son nom à elle que cela serait mieux pour eux. Mais le juge lui a fait comprendre que c'était tous les enfants y compris ceux qui étaient placés. Elle était d'accord, elle n'a pas pensé au mal que cela pouvait nous faire à tous, elle n'a pensé qu’à elle.
Drôle de comportement pour une mère. Mais le tribunal lui a donné raison après avoir jugé ce dossier : alors le 20 février 1979 le nom de ma mère sera substitué à celui de mon père et que tous les enfants seront désormais autorisés à porter son nom. Une bombe a été lâchée à ce moment-là. Toute ma vie a été chamboulée du jour au lendemain. Mes mères nourricières on été au courant bien avant et ont même été au procès et elles ne m'ont jamais rien dit. Elles me regardaient toute la journée, elles regardaient leur boniche sans jamais lui parler. Comment on peut faire une chose pareille ? Et cette mère qui ne pensait pas non plus à moi. Une souffrance terrible que j'ai maintenant. Je l'ai appris par un psychologue de la D.A.S.S ce changement de nom. Je me revois avec mes nattes et mes rubans au bout, ma jupe grise et noire à plis, assise dans ce fauteuil ne comprenant pas ce qui se passait. Mais pourquoi ne m'avoir rien dit avant ? et cette phrase qui restera à jamais gravée dans mon cerveau, ce psychologue qui me demande, après m'avoir annoncé la mort de mon père, plus les détails de mon enfance, si j'avais des frères et sœurs etc... qui me demande après tout cela quel effet cela me faisait ? Mais quel idiot ! J'étais perdue, sidérée. Imaginez cette jeune fille de 13 ans, à qui on annonce tout cela d'un seul coup et qui repart avec ses mères nourricières si bien à leurs yeux, aux yeux de cette administration. Pouvaient-ils imaginer mon mal être ? Je ne crois pas car je n'ai jamais eu de suivi, d'aide psychologique de leur part. Impensable cette situation ! Terrible. J'ai grandi comme cela, avec un nouveau nom, sans trop savoir pourquoi.
Pour revenir au dossier, il y a une chose importante aussi que j'ai apprise et là, même la D.A.S.S ne me l’a jamais dit. Et bien que mon père, avant de se mettre avec ma mère, avait été marié avant avec une certaine Simone qui était née en 1929. Ils ont eu des enfants : quatre avec mon père et un autre que mon père avait reconnu qui est né lui d'un autre père. Une enquête à été menée par le tribunal de Monluçon et une demande et un jugement ont eu lieu en 1959 pour Retrait du droit de garde des époux pour maltraitance, ou moralement abandonnés. Madame est décrite par le tribunal comme ceci – je reprends les termes : elle était simple d'esprit, sale sur sa personne et incapable d'entretenir son intérieur et de soigner ses enfants. Que le ménage était entretenu par la grand mère – seule ressource – et qui a perdu son travail plus tard.
Concernant mon père, il était décrit de cette façon aussi par le tribunal : aucun travail régulier, passant le plus clair de son temps à la pêche et à la boisson. Le ménage ne perçoit même pas les allocations familiales et monsieur (mon père) est d'ailleurs un individu brutal et peu scrupuleux maintes fois condamné qui n'a aucune conscience paternelle et n'assure même pas la subsistance des siens.
Les enfants et parents vivent dans une seule pièce sale et mal entretenue, sans électricité. Le loyer n'était pas réglé depuis plus de 5 ans au propriétaire. À la suite de tout cela, résulte de ce qui précède que par la suite de l'inconduite du père, d'un défaut de soins, un manque de direction nécessaire. Les enfants dont il s'agit ne voient que de mauvais exemples et vivent dans un abandon qui compromet leur moralité comme leur santé et même leur sécurité.
Monsieur et sa femme ont eu un retrait des droits concernant leurs quatre enfants le 10 juillet 1959.
Maintenant suite à la découverte de tout cela une question me travaille et me fait souffrir énormément :
Pourquoi, mes frères et sœurs et moi quand nous sommes nés ces droits il les avait envers nous à cette époque-là sachant qu’un procès avait été fait pour ses enfants d'avant et que les droits on été enlevés pour eux ?
J'ai subi les pires horreurs qui m’ont marquées à jamais. Des choses "inconfessables" comme me l’a si bien dit une certaine personne – mon cousin –. Cette situation aurait-elle pu être évitée ?
Aujourd'hui le service de l'enfance m’a rappelée pour me dire que je serais convoquée et ils feraient le maximum pour retrouver ce dossier pour l'instant disparu des archives en 1990 et que personne ne sait où il est. C’est une chose impensable pour une administration.
De mon coté je n'ose même plus imaginer ce que mon père et ma mère m’ont fait subir, surtout quand je vois comment mes demis frères et sœurs ont été traités.
Ce travail m’a beaucoup fait pleurer et beaucoup d'absences terribles et ce dossier n'est pas encore fermé.

BD – Encre n° 4 – Double corps

Bon, je ne me rappelle pas trop comment j'ai procéder... mais je me rappelle, que comme j'étais en colère, je voulais me représenter avec un corps mince, style mannequin mais à ma façon, ce qui n'est pas trop le cas pour moi en ce moment, un corps mince ! avec les cheveux cachés sous un genre de béret, cela donne du charme je trouve que cela donne une belle prestance.
Il y a toutes ces mains aussi, ces mauvaises mains qui me touchent à chaque fois que je ne vais pas bien, qui me palpent et recherche le moindre défaut. C'est important pour moi de les mettre et ce trait rouge derrière le dos cela ressemble aux os au niveau de la colonne vertébrale ! ce mal au dos que l'on ressent à la sortie de l'hôpital car je peux vous dire que peu de lits disponibles, alors c'est les brancards et leurs barrières que l'on me met à chaque fois tellement ils ont peur que je m'envole par exemple dehors… voilà mon corps de rêve à moi enfin une façon de parler, enfin mieux que le mien, je voulais rechercher la minceur d'un corps, mais avec sa colère d'où le contour rouge autour.
A coté ce personnage cela représente mes deux personnalités, représentées à ma façon… aussi à moi,  difforme mais peut être pas tant que cela, car je ne sais pas au fond comment elles sont en réalité.
Comme vous pouvez le constater il n'y a pas plus de mains, car pour moi dans ma tête ce n'est pas les personnalités que l'on touche mais moi ! une chose complètement différente et c'était essentiel de le faire remarquer aussi. Peut être que ces personnalités se sont pas si anormales, qu'elles sont comme cela. Cette espèce d'auréole autour, je voulais faire ressortir ma colère, mais ce dessin je l'ai fait avec les encres et je voulais faire ce dégrader de couleur, mais pas encore le top mais je vais bien finir par y arriver dans les prochains dessins à venir. Voilà ce que peut dire concernant ce dessin mais je pense qu'il y avait autre chose mais voilà j'ai du mal à retenir, une chose pour laquelle il va falloir que je trouve une solution, car ce problème l'est en général.

BD – Ma santé, mes réactions dues aux souffrances de mon enfance

31 décembre 2012
Encore une fois, un aller et retour à l'hôpital du à mes fortes migraines et à mes vomissements qui m'empêchaient de prendre mon traitement et inquiétant pour mes crises d'épilepsies.
Quand j'étais à l'hôpital je me suis demandé si le fait d'avoir subi des violences de toutes sortes, qui peuvent avoir pu agir sur ma santé et peuvent pousser mon corps à développer de multiples pathologies plus facilement. Quand je fais l'état des lieux de mon corps et bien ce n'est pas brillant et quand je regarde et constate où la douleur ressort le plus dans mon corps cela donne quand même une réflexion. C'est vrai je coute cher à la sécurité sociale. Je le reconnais mais je crois aussi que si j'avais eu une prise en charge plus tôt envers toutes ces séquelles qui sont dans mon corps et dans mon cerveau qui y sont collées pour le reste de ma vie, je n'en serais peut-être pas là.

Il y a d'abord les blessures émotionnelles qui ne sont pas cicatrisées, qui m'obligent à être suivie par deux psychiatres, à avoir plusieurs traitements différents pour m'aider à vivre à peut près normalement. En plus et nouvellement une mise en place d’un suivi par des infirmières de secteur. Cela été mise en plus car mon état psychologique et physique se dégrade un peu plus depuis quelque temps. Leur rôle : me faire sortir du train train quotidien. Je dois réapprendre à prendre goût pour sortir seule ou accompagnée, retourner dans la vie active et la confronter et reprendre des activités. Une chose que j'aimais faire avant dans laquelle je prenais beaucoup de plaisir, une chose qui me faisais du bien mais maintenant s'est devenu une corvée, une sorte de punition, un vrai calvaire parfois. Je me sens tellement mal quand je sors. J'ai l'impression de faire du trapèze sans filet, que je me plante à chaque fois. Je suis incapable de trouver du plaisir et du désir. Sortir me donne et me provoque des crises d'angoisses affreuses qui saisissent tout mon corps. Je ne supporte plus la foule, cette vraie fourmilière qui court dans tous les sens. J'ai l'impression d'étouffer, j'ai cette sensation que toute cette foule va m'engloutir avec tous ces regards, ces yeux de toutes les couleurs qui me dévisagent. J'ai l'impression que cette foule va m'enterrer vivante. Mon cœur est ce palpitant qui quand il se met en route à toute vitesse me donne l'impression que mon corps va exploser et ce corps que je suis obligée de trainer, car je n'ai pas le choix je dois le supporter ce corps troué. Sortir me fait maintenant souffrir. Je n'ai qu'une hâte, c’est de rentrer retrouver ce cocon familiale qui est ma sécurité. Le monde de dehors est pour moi devenu une menace, un danger une insécurité totale.
Je pense que mes troubles dissociatifs ont agavés la situation. La peur qu'il m'arrive une crise et de me retrouver en psychiatrie, comme cela m'est déjà arrivé. Je pense que ce phénomène dissociatif est du à cette enfance que j'ai eu, sinon je ne crois pas que j'en aurais eu. Toutes ces autres peurs qui me dévorent : la peur du noir, de mes cauchemars, la peur du regard des autres, la peur d’être jugée, la peur de mes réactions, la peur de ne pas pouvoir réussir, d'avancer vers l'inconnu et j'en passe. Un autre problème aussi : le fait de ne pas pouvoir assumer mon corps l'intérieur et son extérieur, comme par exemple le fait que je sois incapable de prendre en compte et d’écouter les signaux de mon corps, ce que lui peut et veut me faire comprendre : d'en prendre suffisamment soin. Je ferais tout pour me faire oublier moi et ce corps pour ne pas me faire remarquer. Je m'habille toujours avec des vêtements trop grands, pour me dissimuler. J'ai peur de me dévêtir, comme par exemple pour allez nager à la piscine, de mettre des décolletés quand il fait chaud en été, pour dormir la nuit dans mon lit. Trop peur de mettre mes formes en valeur. J'ai honte de me regarder dans une glace, trop peur de me voir moi. J'ai un réel dégoût me concernant, peur de me montrer nue tout simplement. J'ai aussi des désordres alimentaires, des comportements compulsifs, du genre perfectionniste, des automutilations, des envies de mourir, des tentatives de suicides, des dépendances à des médicaments – mais beaucoup moins maintenant – des problèmes sexuels, le sexe pour moi est quelque chose de sale et qui fait mal, un dégoût quand je fait l'amour. Je n'aime pas faire de bruit, y comprit pendant l'acte, je ne cris pas ou alors je ne ris pas, cela doit passer inaperçu, personne ne doit le savoir. Certaines caresses sont impossibles à faire, cette pensée d’offrir mon corps à la personne que j'aime, dans mon cerveau, une douleur atroce surgi, j'ai l'impression que c'est à cause de cela qu’on m’a fait du mal en donnant ce corps. Sur ce corps même un simple effleurement dans des endroits précis n'est plus possible maintenant. Je me recroqueville aussitôt, un instinct. Une réaction que j'ai toujours gardée, une façon pour moi de me mettre en sécurité. C'est comme quand je vais mal, je me cache en boule sous ma couette. J'aime pas non plus parler de sexe avec les autres, c'est comme si je me dévoilais, que je me mettais à nue. M'exposer sur ce sujet, je préfère le silence. Je n'aime pas être touchée, tripotée par des inconnus. Un exemple : l'or des consultations gynécologiques, peur des médecins, lorsqu'ils me font passer des examens et qu’ils me touchent, cela me donne des nausées. Je me sens sale après, souillée. J'attache une grande importance aux mots, comment en me parle, j'ai besoin de douceur, de voix douce cela me met en sécurité. Et toutes ces convulsions, ces nausées, ces vomissements qui sont invivables. Tous ces symptômes, toutes ces réactions qui ressortent si fortement ne seraient-elles pas dues à cette violence que l'on m’a fait subir. Suis-je la seule comme cela ?