« Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est.
Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu'il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu'il doit et peut être. »

Behandle die Menschen so, als wären sie, was sie sein sollten, und du hilfst ihnen zu werden, was sie sein können.

J. W. von Goethe, Faust I

Art Therapie Virtus

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lundi 26 novembre 2012

BD – Texte sur le dessin de Michelle – Moi et l’autre

Voilà, j'aimerais vous dire comment je vois votre dessin, avec mon regard à moi, car votre dessin me perturbe, me fait me poser des tas de questions dans ma tête, mais j'aimerais une chose surtout ne le prenez pas mal d'accord, et vous serez libre de me répondre ou pas… je respecterai. Mais pour moi cela m'aide aussi pour évoluer et peut-être voir les choses autrement, et c'est pour moi aussi ma façon de partager mon opinion et aussi je pense qu’un travail d'équipe est de ne pas s'arrêter a réponde aux messages que l'on reçoit, mais de faire autre chose pour évoluer aussi, c'est aussi cela le travail de groupe.
Bon alors d’abord, ce qui m’a choquée, la première fois quand j’ai vu votre dessin, je n'arrivais pas à savoir si c'était une femme ou un homme, et ce qui m’a perturbée aussi ce sont les couleurs. Sur ce que vous appelez partie, moi j'aurais dit la face du visage qui est la votre, si j'ai bien compris, vous écrivez que cette partie est fracassée en tas de morceaux, mais alors pourquoi mettre des couleurs aussi vivent, voyantes ?
Je pense que j'aurais mis du rouge et du noir, pour montrer la douleur le mal, les souvenirs s’il y en a, mais cela veut peut-être dire pour vous que dans ces parties, il y a de beaux souvenirs… ce qui expliquerait les couleurs.
Ce qui me perturbe aussi, vous avez fait la bouche en rouge, le nez, et d'ailleurs un peu plus accentué, au bout plus gros, comme si on vous l'avez cassé, et qu'il reste des séquelles. Concernant la bouche, elle est grosse pour moi, elle ressort un peu, c'est comme si c'était quelque chose, une partie importante que vous vouliez signaler, nous dire, mais que peut être vous ne savez pas, moi si j'avais fait une bouche comme cela, ça aurait été pour dire que l'on a trop abusé de ma bouche, qu’elle à mal, et qu'il faut arrêter.
L'œil très bien dessiné, j'aime beaucoup, vert, et un peu de noir, c'est votre couleur ? Par contre des larmes vertes, pas trop grosses, et très peu, à quoi cela peut correspondre ? Pour moi, s’il y a douleur, souffrance, je les auraient faites rouge, et grosses y compris l'œil.
Maintenant passons à l'autre, vous écrivez qu’elle fait bonne mine, qu’elle fait tout pour camoufler cette fracture, je trouve que pas grand chose la met en valeur, à part la bouche qui est bleue. Cela ne me serait jamais venu à l'idée de mettre cette couleur. Je crois que je n'aurais rien mis et je crois aussi que moi, j'aurais dessiné le visage entier et de face, pour bien faire la différence. Là je pense quelle aurait été mise en valeur. Je trouve aussi que cette moitié du visage est moins grosse que l'autre partie, maintenant cette enveloppe qui les entoure toutes les deux, couleur jaune comme si pour moi elle, vous et l'autre partie était dans une fleur qu'elle s'enfonce pour mieux se mélanger pour revivre ensuite, et que c'est pour cela que pour l'instant vous et l'autre partie ne peuvent rien faire à moins qu'elles s'aident, mais cette couleur jaune montre votre envie de savoir que même si c'est dur, il y a cette envie forte.
Alors bravo Michelle continuez !
Et pour finir, pourquoi elles ont la bouche qui est collée.
Par contre cela me contrarie beaucoup. Alors que l'une des deux bouches est mise en valeur pour moi à cause de la souffrance, enfin c'est mon avis.
Ah oui à un moment donné je croyais que vous souffriez de troubles, d'absence comme moi, que vous perdiez le cours de la journée, et impossible de vous rappeler parfois de ce que vous avez fait avant, c'est ce que j'ai ressenti quand j'ai vu votre dessin, mais bon…  là je sais pas non plus.
Voilà Michelle , mais quand je regarde la partie du visage avec toutes les couleurs, pour moi, c'est elle qui en mise plus en valeur et qui est tentée d'être gaie, mais avec des séquelles.
Michelle, j'aimerais que vous reteniez ceci : moi j'ai beaucoup de mal à mettre des couleurs, car je n'en vois pas l'intérêt, trop de souvenirs douloureux , alors peut-être que ma façon est un peu disons pas trop fiable… et que cela m'aiderait éventuellement à apprendre aussi à mettre des couleurs dans mes dessins, alors merci de votre aide.
Bon je crois que j'ai fait le tour, je répète, c'est ma façon de voir et rien de mal là-dedans, tout le monde s'exprime à sa façon, sans être juger. Une chose est importante à retenir surtout : pour mon  prochain dessin, faites pareil si vous le souhaitez Michelle.
A bientôt, et je vous embrasse si je peux me le permettre.
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Michelle – Dessin n°4 – Moi et l'autre
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9/ Les phobies qui maintiennent la dissociation structurelle
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samedi 24 novembre 2012

Michelle – Dessin n°4 – Moi et l'autre

Il y a moi et il y a l'autre, laquelle des deux suis-je ou ne suis-je pas ? Il y a cette partie fractionnée, fracassée en des tas de morceaux qui n'arrive pas à tout recoller.
Elle est la douleur, la tristesse, l'angoisse et la peur, la trace des souffrances du passé, un passé encore trop présent dans les sens.
L'autre partie fait tout pour camoufler cette fracture.  Elle fait bonne mine, se fait aimante et douce, généreuse et docile. Peut-être se dit-elle que de cette manière elle pourra faire un trait sur le mal.
Toutes les deux essaient de se fondre en une, malgré la discordance. Même si l'une essaie d'être plus forte que l'autre, toutes les deux souffrent à leur manière et leur douleur ont la même origine. Même si une semble vouloir aider l'autre, elle n'y peut rien, elle est prise au même titre que l'autre.
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jeudi 22 novembre 2012

Michelle – La peur

La peur, c’est cette émotion qui me déstabilise… juste d’y penser et les larmes me viennent. La peur c’est la terreur. Je ne sais pas, quand elle me prend aux tripes, elle me serre entre ses doigts et j’étouffe. Je ne sais pas la contrôler. Je sais la refouler et la cacher pour ne pas qu’elle paraisse aux yeux des autres, en général je sais le faire. Aux travers des années je suis devenue maîtres dans le camouflage des émotions. Je suis comme un canard qui nage sur l’eau. Au dehors il semble harmonieux mais si vous regardez sous l’eau, ses petites pattes qui nagent vite lui donnent l’air de se débattre. En image c’est mon intérieur.
En général, ou pour être juste, la plupart du temps, j’essaie d’éviter de me mettre dans des situations qui éveilleront ce sentiment et c’est ce qui fait que je sur-vie. J’évite les diners, les sorties entre amis, les week-end en famille… Je ne suis pas dans le vrai, dans le moi, l’ici, le maintenant. Je suis dans l’ailleurs. Un coussin que je me fais confortable, une zone sécurisée, un monde capitonné à l’abri. Mais je me mets à l’abri de quoi ? Des autres ou de moi ?

J’ai su avec le temps identifier plusieurs situations qui sont sujettes de déclencher mes peurs ; un regard que j’aurai mal perçu me fera imaginer toutes sortes de trucs et me voilà partie dans mes peurs. Une parole mal interprétée me fera partir dans une paranoïa telle que ma seule envie sera de fuir à toutes jambes. Les contacts physiques, il faudra vraiment que je fasse confiance en la personne et que je la connaisse depuis fort longtemps.  Et encore… ils ne sont pas agréables.
Inévitablement, il y a des moments où je dois sortir de ma zone de confort, bien malgré moi. La vie me met devant des situations auxquelles je dois faire face. Et comme tout me fait peur, les malaises risquent de se produire souvent. Si on ne me connait pas très bien, mon malaise passe inaperçu. Dans le cas contraire, quand le malaise devient insupportable, l’expression de mon visage est comme un livre ouvert. La panique se lit dans mes yeux. Et quand je perds le contrôle, c’est impératif, je dois partir. C’est devenu une question de survie. Mon corps a des tas de réactions que je ne contrôle plus et je disjoncte. Je suis comme un lion en cage qui doit absolument se libérer.
Je déteste cet état.  Quand j’y suis, je ne suis plus rationnelle.  Au point culminant de la panique, c’est comme si je perdais les pédales et qu’une colère s’emparait de moi et c’est là que j’ai des idées folles qui me passent par la tête. Si je suis au volant et que je me trouve sur l’autoroute, j’imagine que je fonce à toute allure sur les voitures qui sont devant moi.  Dans la maison, je me vois tout casser, démolir les murs. Je me vois m’enfoncer des couteaux.  Toutes sortes d’images pour calmer mais en fait ça ne réussit pas tellement. J’ai la tête qui bout et qui veut exploser, le cœur qui s’affole. Je veux pleureur mais je n’y arrive pas. C’est à bout d’épuisement que je reviens des crises.

Et s’ensuit la déprime, la déception. Le découragement d’avoir sombré encore une fois dans cet état.  De m’être laissé dominer par mes maudites peurs. Je les hais, je les supplie de partir, je me sens lâche et stupide.

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mercredi 21 novembre 2012

Michelle – Dessin n° 3 – La peur


J'ai détesté.... dessiner la peur quand on veut à tout prix l'éviter c'est pas agréable. Et puis il faut l'identifier cette peur. C'est quoi la peur quand tu fais en sorte de fuir à tous moments.

Emmanuelle m'a dit d'y aller spontanée… sans réfléchir… la grosse bouche est arrivée ! Celle qui me fait crier des choses que je ne veux pas entendre et qui continue sans relâche. Puis les yeux... je sais pas pourquoi les yeux, ils sont juste là à me regarder et j'aime pas ça, ça m'angoisse. Je veux partir à la course. Et cette main qui veut m'agripper, qu'est-ce qu'elle me veut, ne me touche pas !

J'ai juste envie de crier et fondre en larmes… merde que je déteste ces émotions… j'arrête, c'est trop, je ne supporte pas cet état…
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Michelle – Le refuge

Il y a ce petit trou dans ma tête, et ce petit trou noir, c’est mon refuge.
Quand je dis que ce petit trou est mon refuge, c’est mon évasion. Mon île perdue au milieu de nulle part où personne ne peut me joindre. Du moins c'est ce que j'en déduis.
Je ne sais pas trop si sur mon île je suis bien ou si je suis mal, j’y suis, point. Les lumières s’éteignent, le silence plat se fait, les angoisses disparaissent en un éclair.
Comment je m’y rends ? Je ne le sais plus. J’ai fait tant de fois ce trajet et pourtant, je ne sais toujours pas ce qui m’y mène.
Si je vous parle de ça, c'est qu'hier soir j'en ai pris conscience. Au fil de réflexions sur tout ce que j’ai lu ces derniers jours, en particulier le mémoire d’Emmanuelle, je me suis posée des tas de questions.
Cette mémoire que je cherche tant à retrouver, ces souvenirs de mon enfance perdus, je crois les avoir caché dans ce petit trou noir.
Quand je n’aime pas ce qui se produit autour de moi, hop! Je m’y réfugie.
Je n’y avais pas porté attention avant, c’est devenu une seconde nature pour moi. Depuis toute petite je crois que j’y vais et j’en reviens dans le plus grand des naturels, sans même m’en rendre compte. On ne se rend pas toujours compte de mon absence et ensuite on se demande pourquoi je ne me souviens pas de ce qui s’est dit. Peu importe que ce soit un évènement du jour, il est dans mon petit trou noir. Du moins, c'est ce que j'en conclue.

À ce que j’ai compris, ce serait le stress qui causerait mes escapades. Je n’en sais rien, pour moi c’est tellement devenu de l’ordre de l’automatisme que je ne peux pas faire la différence entre une fois et l’autre. J’ai déjà pensé que j’étais lunatique, on me parle et je quand je décroche, on me ramène, agacé de cette fuite. C’est vrai que c’est agaçant, pour l’autre parce que t’as l’impression de ne pas être écouté et pour moi parce que je ne me souviens pas de ce qui s’est dit. En fait, ça m’arrange, je ne veux ni être là, ni entendre ce qui se dit.
La question que je me pose est, est-ce que c’est devenu si normal de le faire que j’en suis devenue à le faire tout le temps, peu importe les situations ?
Je sais que souvent je perds le fil, j’oublie des tas de choses, des détails de discussions, des informations… si je pouvais juste mieux gérer ces absences, du moins éviter de prendre la fuite au moindre prétexte.
Probable que l’oubli m’a sauvé la peau à maintes reprises et c’est bien ainsi après tout.
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mardi 20 novembre 2012

Michelle – Dessin n° 2 – Le refoulement

C'est drôle, plus je regarde mon dessin et plus je le vois d'un autre oeil. Ce refouleur, celui qui me fait ravaler tout, il ne vient pas de l'extérieur, il vient de moi. J'aurais pu y mettre ma main tiens...  Je m'impose de ne pas dire les choses comme elles sont et quand ça bouillonne dans ma tête, je retiens le tout.  Pas étonnant tous les maux de tête.  J'ai le crâne qui veut éclater... faut que ça sorte ma fille !!!
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Michelle – Mémoires oubliées

Depuis tellement d’années je tente de me rappeler ces années oubliées. De grands trous dans ma mémoire, des trous existants pour une raison, c’est certain, mais laquelle.  Je sais qu’il y a eu des abus dans ma famille mais moi, qu’est-ce que j’ai vécu.  La période de 0 à 8 huit ans est quasi inexistante.  Comme si j’avais cheminé dans cette période de cette petite vie comme en mode robot, fantomatique, un automate chez qui le disque dur ne fonctionnait pas et n’enregistrait rien.
Je me suis questionnée, fait appel à cette mémoire défaillante, sondé ce grand trou noir afin d’éveiller une parcelle de lumière, ne serait-ce que la lueur d’une chandelle mais elle s’obstine à me laisser dans le noir total.
On m’a suggéré d’en rester là, que ce ne serait pas une bonne idée de creuser plus loin.  Si ma mémoire avait décidé d’oublier, C’était mieux ainsi. Mais mon être tout entier me dicte autre chose.  Une force en moi veut savoir.  Une énergie puissante me pousse à creuser et creuser d’avantage pour faire resurgir ce qui a pu me faire si mal. Il m’est si insupportable de ne pas savoir.
J’ai fait l’exercice de regarder des photos de mon enfance.  Je me suis efforcée de les regarder avec des yeux d’enfant. Lorsque je les regarde, j’en observe chaque détail et plus je les observe, plus je suis déroutée.  Je constate l’oubli profond dans lequel je me suis plongée. Tant de choses dont je devrais me rappeler et qui m’échappent. Une table, des chaises, des meubles de chambre à coucher, des fauteuils, des jouets, je n’arrive pas non plus à me rappeler les visages des membres de ma famille à cet âge. C’est comme si je ne les voyais pas à ce moment-là. Comme si je marchais sans voir devant moi. Je sais que ce n’est pas ce qui se passait mais c’est l’impression que ca me donne.

J’ai tant de questions sur celle que j’étais, tant de mystère qui tourne autour de ce qui se produisait à cette période de ma vie, je suis obsédée par cette inconnue qui est moi.

Mon âme, toi qui m’as accompagnée toutes ces années, aide-moi à me rappeler et dévoiler à mes yeux, à ma mémoire. Dicte-moi, éclaire-moi, guide-moi afin que je lève le voile sur ce vide qui m’accompagne encore à ce jour. Je suis tellement bloquée et cette ombre nous fait obstacle. Je voudrais tant que tu puisses communiquer avec moi, me transmettre ta belle énergie, tes connaissances et ta puissance en tes vibrations. Je sais que tu aurais tant de choses à me dire. J’aimerais t’écouter mais je n’arrive même pas à m’ouvrir à moi, comment pourrais-je m’ouvrir à toi ? Il y a ce filtre que je dois traverser, ce grand mur épais que je me suis construit, ce grand château de protection tout autour de moi. Je me suis emmurée et en le faisant, je crois que je t’ai exclue par mégarde. J’avais tellement peur, de quoi je ne le sais même pas mais je devais avoir vachement peur pour m’isoler autant. Aide-moi s’il te plait, je t’en prie, je dois retrouver la mémoire. Je suis comme une amnésique perdue dans une grande ville qui n’a plus d’identité. Personne ne me retrouve et je ne retrouve personne. J’ai besoin de ta main bienveillante pour me guide à travers ce gouffre et en sortir.
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lundi 19 novembre 2012

Michelle – Dessin n° 1 – du voile et du flou

Quand j'ai débuté ce dessin, le seul mot qui me revenait en tête était le vide... j'ai alors isolé la petite fille dans le noir total d'une petite pièce. Les sensations que me donnent cette petite pièce sont d'un froid glacial. Rien n'y existe, rien ne se voit, ne s'entend, le temps s'y est arrêté. Au dehors, j'ai l'impression que la vie prend son cours et avance, mais je ne peux en saisir l'essence. Quand je regarde ces petits personnages que j'ai dessinés, je m'interroge. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? C'est étrange comme je les ai dessinés. Ils vont tous dans la même direction. Et ce manque de couleur, pourtant je m'étais préparée un tas de crayons colorés. Seul le noir m'a inspiré.
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Michelle – Lettre à mes parents

Je vous écris à vous mes parents, vous mes parents et moi votre fille et pourtant nous sommes étrangers. Je ne connais que très peu de choses de vous et vous de même. Toute ma vie je me suis contentée de faire profil bas à vos côtés, de la même manière que je l’ai fait dans toutes les sphères de ma vie. Je ne me suis jamais permise de me dévoiler entièrement, et pourtant, j’aurais dû me sentir en confiance avec toi maman, la première personne digne de confiance pour une enfant : sa maman.
Longtemps j’aurais voulu avoir ce lien de proximité avec toi. Mes amies dans mon enfance, je les voyais, elles avaient ce lien d’attachement avec leur mère. Elles savaient qu’elles pouvaient compter sur elle dans les grands moments de questionnement. Moi, je n’avais rien de tout ça. Je ne savais pas ce que c’était que de compter sur sa mère. Je savais que tu veillerais toujours à me nourrir et m’habiller convenablement et c’était beaucoup j’en étais consciente déjà petite, mais de pouvoir sentir de réconfort d’une maman, j’ai su très jeune que je ne pourrais pas y compter.
Tu dois certainement te rappeler que vers l’âge de sept ans je venais souvent te voir avec un petit bobo insignifiant, une petite égratignure, un petit rien sur le bout du doigt… Bon dieu que c’était une bagatelle mais ce rien du tout était une tentative, un cri du désespoir pour te dire s’il te plait maman, fais-moi un bisou sur mon bobo et dis-moi que tu m’aimes et que je suis gentille et que je suis belle et que tout ira bien. Mais chaque fois tu me renvoyais d’où je venais d’un air agacé…  je t’énervais, je te tapais sur les nerfs.  Mais je réessayais tellement mon désarroi était grand, tellement mon manque de toi était flagrant. Jusqu’au jour où tu n’en pouvais plus et tu m’as regardée froidement dans les yeux et tu m’as dit, « regarde Michelle, j’ai un bobo » en me plaquant ton doigt devant les yeux…  j’ai figé sur place, j’étais glacée d’effroi et quand j’ai repris mes sens, je suis partie, la peine dans tous les sens et dans le cœur, et j’ai compris que jamais je n’aurai l’amour de ma mère, et je ne l’ai plus jamais cherché, du moins plus jamais de manière consciente.
Tu n’as peut-être pas réalisé, ce jour-là, toute la douleur que j’ai ressentie, j’en sais rien, mais cette douleur a eu des répercutions qui m’ont suivie longtemps. Je me suis refermée pour me protéger de la douleur de l’amour, j’ai appris avec toi à me faire une protection.  Combien de fois nous as-tu donné l’occasion de nous détourner de toi tellement il était difficile pour nous de saisir l’insaisissable. Des fois où j’ai eu des corrections que je ne comprenais même pas l’origine de la faute, est-ce normal ? Pourquoi je me disais, qu’est-ce que j’ai fait ? Tu frappais et plus tu frappais, plus je paniquais et j’étais affolée. Je n’ai toujours pas de réponse à ces questions.
J’en ai été malheureuse de cette vie. À me sentir rejetée ainsi je me suis même demandée si j’étais normale, à part. Je marchais dans la rue et je me sentais différente des autres.  J’étais d’un monde à part. J’aurais pu être une étrangère et je n’aurais pas été différente.  J’aurais pu être une enfant adoptée et je ne me serais pas sentie différente. Je m’isolais, je me sentais seule, j’étais triste et vide. En fait, je semblais vivre mon enfance mais je ne faisais que survivre à moi-même, et c’est ce que j’ai fait toute ma vie. J’ai fonctionné en mode survie. Je ne suis pas une vivante mais une sur-vivante. Je ne vis qu’en surface et non en profondeur. Rien n’est ressenti précisément, n’est vécu à fond, n’est savouré pleinement. Mes émotions sont désordonnées, les bonheurs doivent être vécus à petite dose sinon ils sont refoulés, les malheurs le sont tout autant et quand il y a un trop plein rien ne va plus, je ne suis plus capable d’en vivre aucun.
Je sais qu’aujourd’hui je suis une adulte et qu’il n’en tient qu’à moi de tout changer dans ma vie pour que mes jours soient heureux. Mais je ne peux m’empêcher de constater tous les dégâts que vous les parents auriez pu éviter toutes ces années.
Et toi mon père, toi en qui j’aurais voulu avoir confiance. Tu as si bien su te jouer de nous tes filles. Oh au regard du commun des mortels tu as toujours eu la figure de l’homme respectable mais sous le voile caché du monde, tu devenais l’ennemi de tes petites bergères. Où étais-tu petite bergère ? Tu te souviens de ça papa ? N’est-ce pas ce que tu voyais en nous, des petites demoiselles à qui on peut retrousser les jupes sans que personne ne nous voit ? 
Lorsque je pense à toi, par moment, des désirs de vengeance émergent en moi et je remercie le ciel de ne plus te mettre sur mon chemin. Me faire justice aujourd’hui ne m’apporterait encore une fois qu’injustice.
Aujourd’hui je veux et je dois reprogrammer ma casette. La vision que j’ai de la vie je vous la dois. Une loque juste bonne à servir. J’en ai pleuré de rage en frottant les planchers à laine d’acier, tu sais la p’tite cendrillon dans les contes de fées, et bien c’était moi. Tous les deux, à votre manière, vous avez su abuser de moi parce que moi, je ne disais rien, je ne ripostais pas.  Je fermais ma grande gueule et j’exécutais.
Je me suis emprisonnée  pour avoir moins mal, mais je n’ai jamais compris ce que j’avais fait pour mériter un tel sort ?
Non je ne vous remercie pas pour les dures leçons de la vie que vous avez si bien su forger en moi à coup de tison. À mon sens, vous ne valez pas mieux un que l’autre. Tous les deux vous avez abusé de moi à votre manière. La tienne maman a été plus subtile, assez bien mise en place pour laisser ses séquelles. Tu m’as enlevé cette adolescence que j’aurais du vivre pour me mettre dans tes souliers, chose que je ne voulais pas et je te l’avais dit, je ne me sentais pas capable de le faire mais tu m’y as obligée.  Je l’ai fait contre mon gré et par ta faute, ta grande faute, j’ai passé de précieuse années de mon adolescence dépressive, amère, désespérée, dépassée par les évènements, j’ai du être la mère de quatre enfants, tes enfants que tu m’abandonnais alors que j’en étais une moi-même. Mais je l’ai fait, quand même. J’étais cette enfant docile qui fait ce qui lui est imposé, malgré l’indignation.
Ce qui me choque le plus c’est que plusieurs années plus tard, lorsque je suis en fait devenue mère de mon premier enfant et que j’habitais toujours cet appartement, normal, j’étais devenue la mère du foyer.  Alors que mon fils n’avait qu’un mois, tu m’as jetée à la porte, à tes yeux, je n’étais plus bonne à rien. C’est ainsi que je me suis sentie et ce sentiment me suivra toujours.
Je suis née de la mauvaise graine. Je suis le fruit du vice et de la folie. Le germe de deux germes défaillants à la base, qui ont quand même réussi à se reproduire. Comme une catastrophe environnementale de laquelle on doit se relever.
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